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Le cadavre exquis boira le vin nouveau

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Note des lecteurs

Chère madame Jeanne

Djunes

Texte initié le jeudi 20 août 2009

Madame Jeanne ne calcule pas, non, elle donne, sans compter. Sait-elle seulement compter du reste ? Nul ne le sait. Elle a seulement, comme l’on dit, le coeur sur la main.
Personne ne s’y trompe et chacun vient chercher chez elle qui, un peu de chaleur humaine, qui, un sourire bienveillant, tel autre les derniers deniers de sa pension trimestrielle.

Si sa maudite jambe de bois ne la maintenait pas la plupart du temps chez elle, tout au mieux dans son petit jardin, pour sûr qu’elle reprendrait du service.

Mais au fait, personne n’a jamais su d’où elle venait ni rien de son passé.
Ses propos semblent parfois incohérents, surtout certaines petites phrases laissées en suspens qu’elle ponctue d’un rire tonitruant : "désolée, "plus rien" pour aujourd’hui, vous repasserez" et les solliciteurs repartent en hochant la tête : pauvre madame Jeanne !

Restée seule, madame Jeanne se dirige vers sa coiffeuse, ouvre son coffret à bijoux, quelques rescapés du temps de sa splendeur. Oh, peu de choses en vérité si l’on considère tout ce qu’il a pu contenir : restent quelques bagues anciennes, deux barrettes en or gris et un magnifique camée, son bijou préféré.
Elle ne peut le considérer sans se mettre à pleurer de tendresse sur des temps révolus.

Ah, si sa maudite jambe de bois était encore creuse...


Madame jeanne n’a pourtant pas toujours été l’épave qu’elle est aujourd’hui. oh que non ! dans son temps, déjà si lointain, elle était belle. Dans son temps elle était désirable, même. Tous les jours, les amants se pressaient devant sa porte et, selon un rituel, elle choisissait parmis eux celui qui allait la combler pour la nuit. Ah dans son jeune temps ce n’était pas sa jambe de bois qui était creuse !



Mais, ne vous laissez pas égarer par les considérations qui précèdent car, vous l’aurez bien compris, l’ancien "métier" de madame Jeanne ne s’apparentait que fort peu, à vrai dire pas du tout, à celui d’une péripatéticienne pas plus quelle ait pu être une nymphomane en mal de conquêtes masculines tel que notre ami Laurent pourrait nous le laisser entendre.

Nous aurons bien le temps de revenir sur ce sujet, du reste.

En attendant, madame Jeanne...



En attendant, madame Jeanne pleurait, seule, devant sa télévision, dans son petit appartement des buttes-chaumont.

Le générique de "question pour un champion" résonnait, moqueur, et couvrait ses larmes.
Elle avait toujours surmonté les épreuves en relativisant, se disant que rien ne pouvait atteindre sa joie de vivre naturelle.

Elle, qui avait quasiment connu toutes les époques, toutes les modes, les crises, et même de francs moments d’extases malgré son handicap, n’en pouvait plus.
C’était trop.

En allant au marché, comme tous les Jeudi matins, elle avait ouvert machinalement sa boite aux lettres, et avait découvert une lettre de....



son percepteur des impôts. Dans un premier temps Mademoiselle Jeanne faillit défaillir : décidemment le sort s’acharnait sur elle. Elle aurait aimé mourir ; en finir pour de bon. Pourtant, venu de derrière son dos, elle sentit un sourire se poser sur elle. c’était un sourire juvénile, frais, amoureux. Il était si fort qu’elle ne put s’empêcher de se retourner ; les yeux pleins de larmes. Là, elle vit un joli jeune homme : mince, élégant, presque féminin. Son visage radieux, était délicatement souligné par de longs cheveux blonds et bouclés. C’en était trop pour Mademoiselle Jeanne. Elle se laissa gagner par l’émotion. Le jeune homme se précipita sur elle et lui dit : "



"Chère Madame Jeanne ! Vous souvenez vous de Paul ?" Les yeux de Jeanne se remplirent de lumière. Mais oui Paul, elle s’en souvenait et étrangement le jeune homme dans son regard si frais, si amoureux lui rappelait le fameux Paul : cet amant fou qui était prêt à se tuer pour elle... Mais ce jeune homme que voulait-il ? A ces interrogations qu’elle n’avait même pas émise mais pensées, le jeune homme répondit "Paul c’était mon Père ! Il m’a si souvent parlé de vous et de votre beauté". Un temps, Jeanne crut le temps arrêté et revoir son amant dans le regard de celui qui se disait être son fils, mais le fait d’apprendre que Paul n’était plus et que son descendant avait déjà plus de trente ans, lui donna encore plus un coup de vieux, elle ne se sentit plus rien, surtout en apprenant de quelle manière Paul, cet amoureux fou avait perdu la vie



ce dont, entre parenthèses, Madame Jeanne se fichait éperdument, quoi que son air apparemment affligé à l’annonce de cette nouvelle ait pu laisser à entendre à ce jeune importun.

Un de plus, un de moins... "Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés...." Cette bribe de phrase des "Animaux malades de la peste" lui revenait en mémoire. Et puis, ce n’est pas elle qui allait les chercher à son époque d’opulence ; elle n’était, après tout, qu’un des derniers maillons de la chaîne où sa maudite jambe de bois, alors creuse, l’avait conduite.

Mais comment s’était-elle retrouvée dans cet état et qu’est-ce qui avait bien pu la conduire à se livrer à ce nauséabond commerce ? De même, qu’est-ce qui la poussait désormais, comme par l’effet d’un tardif repentir, à se montrer si généreuse envers ceux qui venaient à elle, mûs par une intuition qui ne les trompait pas ?

Pour en avoir une idée, il nous faut revenir quelque cinquante ans plus tôt, époque à laquelle...



Madame Jeanne taillait des pipes dans du bois dont on fait les flûtes.

A cette époque, en effet, elle habitait un coquet chalet à deux pas de Saint-Claude où elle fît toutes les formations possibles afin d’occuper ses longues journées.

Après avoir appris à tailler le diamant, elle appris donc à tailler des pipes ce qui lui servit bien plus tard pour se faire une belle jambe.

Dans cette charmante ville de Saint-Claude, un jour de marché, alors qu’elle achetait une douzaine d’huîtres qu’elle comptait dresser sur un plat, au milieu du jambon de pays en vue d’une raclette entre amis le jeudi en 8, elle se souvint que...



l’on n’était pas dans un mois en "r" et qu’il était déconseillé de manger des coquillages à cette époque de l’année. (On ne tient plus compte maintenant de ces préceptes devenus caduques grâce aux moyens de transport rapides qui garantissent la fraîcheur de ces produits mais à l’époque il en était ainsi).

Ce qui était surprenant dans le parcours de madame Jeanne était le choix judicieux qu’elle avait fait de son lieu d’habitation. Quelle meilleure couverture, en effet, pour tailler des pipes en bois, que de s’installer au coeur même d’une petite ville réputée pour leur fabrication ? A ceci près que madame Jeanne ne se contentait pas de cet honorable et méticuleux labeur et que, depuis son retour de Chine où elle avait passé une partie de son adolescence, elle avait aménagé dans sa maison une pièce dans laquelle...



une dizaine de fillettes dont la plus âgée ne devait pas avoir plus de dix ans et la plus jeune quatre ans, confectionnait des ombrelles en papier de soie, aux couleurs de l’arc-en-ciel.

Les petites n’étaient pas malheureuses, elles travaillaient quatre heures par jour, à leur propre rythme et Madame Jeanne passait de temps en temps pour leur porter une collation, leur raconter une histoire, des fois elle restait auprès d’elles pour tailler ses pipes.

Elle leur avait aménagé une jolie pièce avec des lits de princesses, des jouets, des livres. Que seraient devenues ces orphelines dans leur pays si elle ne les avait pas fait venir clandestinement ? Au mieux elles seraient mariées à un vieux qui crache jaune, au pire elles seraient sur le trottoir. Là, elles mangeaient à leur faim, avaient un toit, elles ne manquaient de rien, si ce n’est d’une famille biologique, mais ça, Madame Jeanne n’y pouvait rien.

Tout Saint Claude connaissait les fillettes, mais nul n’était au courant du travail clandestin. Elles n’allaient pas à l’école, mais tous pensaient que Madame Jeanne les avait adoptées et qu’elle leur payait un précepteur, elle en avait largement les moyens.

Il n’en était rien. Madame Jeanne qui était diplômée de Harvard, leur prodiguait elle-même un enseignement de qualité.

Souvent Madame Jeanne se demandait comment elle pourrait régulariser la situation de ses petites. Elle les adorait. Faire des ombrelles était pour elles comme un jeu, ces objets étaient vendus aux dames de la haute bourgeoisie, notamment à la Dame de Haute-Savoie. L’argent que Madame Jeanne récoltait de ses ventes allait tout droit une tirelire qu’elle remettait aux fillettes le jour de leurs onze ans.

Lorsqu’une des fillettes fêtait ses onze ans, son premier cadeau, était, si elle le souhaitait, la possibilité d’arrêter les ombrelles. Si tel était son souhait, alors Madame Jeanne lui proposait...



d’apprendre a tailler des pipes.

L’une des fillettes, prénommée Roberta, était étrangement dotée d’une énorme paire de...



ciseaux à bois qui lui avaient été offerts par un vieux chinois mais elle ne savait pas encore s’en servir et Madame Jeanne lui conseillait de les conserver pour plus tard.

Elle avait très bien connu du reste cet énigmatique vieillard qui l’avait initiée justement...

 Yan - franchement j’avais pas lu, je suis mort de rire !  Djunes - Lol, Yan, la piste était savonneuse !  Yan - ...et passer après notre Ratoun, belle récupération Djunes : à quand le prochain duo ? lol  Youpala - Ca fait penser aux vieilles chansons coquines où l’on s’attend à une chute scabreuse... et puis non !

à la pratique du Kung-fu, du Jujitsu et du Kick-boxing.

Mais désormais, sa jambe de bois l’empêchait de décocher son terrible coup de pied circulaire.

Madame Jeanne était quand même sidérée par la taille de ces ciseaux à bois et se demandait bien à quel type d’ouvrage ils étaient destinés.

Elle questionna Roberta sur ces ciseaux qui lui répondit que le vieux chinois lui avait fait promettre de ne jamais...

 Djunes - Super !

révéler à qui que ce fut l’usage auquel ils étaient réservés et, disant ceci, des petites rides d’inquiétude marquèrent le visage de la fillette dont elle ne put rien tirer de plus.

Si l’on songe à la raison pour laquelle ce redoutable maître chinois avait initié Madame Jeanne aux Arts martiaux ci-dessus énoncés, on n’est pas sans en frémir d’horreur pour elle. Car enfin, s’il lui avait appris toutes ces techniques d’attaque et de défense, c’était bien parce qu’elle serait mise dans la situation de devoir s’en servir.

Effectivement, ...

 Djunes - Désolée : il faut lire "l’usage auquel..." et non pas "auxquels" bien sûr.  Yan - Ok Djunes, j’ai pris la liberté de corriger !  Djunes - Et je t’en remercie, Yan !

les rues de Ching-Taïa n’étaient pas très sûres, surtout à la tombée de la nuit. Certains hommes étaient à l’affût de femmes à tourmenter, d’autres volaient chats et chiens pour en farcir les raviolis, parfois ces voyous cumulaient les deux méfaits.

Or, à cette époque, Madame Jeanne, que l’on appelait "La jolie petite Française", tenait encore à sa virginité et vouait un amour inconditionnel à Ping et Pong, deux adorables chatons qu’elle emportait partout dans un panier pique-nique en osier garni d’un doux coussin en coton gratté vichy rose.

Un soir, oh, pas très tard, mais le soleil avait entamé sa descente, Madame Jeanne, rentrait tranquillement chez elle tout papouillant ses minous. Elle était d’humeur sombre et sereine à la fois. Sombre, car, dans la journée ses pas l’avaient portée par hasard devant un orphelinat. Mais était-ce vraiment un hasard ? Le bâtiment était lugubre, il s’en échappait des braillements et des pleurs qui vous fendaient le coeur. Elle poussa la lourde grille, s’attendant à l’entendre grincer, mais elle s’ouvrit dans un silence quasi-religieux.

Les responsables de l’orphelinat l’avaient reçue très gentiment et lui avaient même offert le thé. Elle avait visité toutes les pièces, raconté une histoire aux petites filles, les laissant caresser ses chatons, bercé les bébés. Il n’y avait aucun garçon.

Elle avait donc le coeur très lourd en repensant aux petites, mais la décision qu’elle venait de prendre lui redonnait la sérénité : un jour, elle sauverait autant d’enfants qu’elle le pourrait.

Elle était donc perdue dans ses pensées quand...

 domie - papouillant ses minous ...hmmmm

elle se sentit ceinturée, prise à la gorge et entendit une voix masculine lui dire en français avec cette prononciation très particulière dans laquelle les sons semblent sauter une octave : "Pas un mot. Ne craignez rien. Suivez-moi."

Et l’empoignant fermement par le bras, il la dirigea dans un entrelacs de ruelles plus sombres les unes que les autres pour s’arrêter enfin devant une maison basse en torchis, de caractère traditionnel, et ouvrit une solide porte en bois remarquable par les sculptures qui l’agrémentaient.

Madame Jeanne, terrorisée, entendit le bruit de celle-ci se refermer derrière eux et vit son agresseur soulever un lourd pan de tissus avant de pénétrer dans une grande pièce envahie, lui sembla t-il, par une fumée bleuâtre qui montait en volutes et dont l’odeur douceâtre l’écoeura aussitôt. La pièce était entourée de boiseries noires qu’éclairaient à peine quelques points lumineux disséminés ça et là.

Seigneur, où et chez qui avait-elle bien pu atterrir ? Un vieil homme portant une barbe blanche taillée en pointe se tenait figé au milieu de cet espace inquiètant, les mains croisées cachées dans les manches du kimono chinois dont il était vêtu. Il était seul.

Sans qu’un muscle de son visage que l’on eût cru fait dans la cire ne bougea, il s’approcha d’elle et...



elle vit ses yeux briller et des larmes couler. Il n’était pas si vieux que ça et sa barbiche semblait factice. Par réflexe elle recula, bien que persuadée qu’il ne lui ferait aucun mal.

- « Jeanne, ma Jeanne, te voilà enfin ! Il m’a fallu tant d’années pour te retrouver ! »

Il tomba à genoux, sanglotant de plus belle. Jeanne ne savait comment se comporter devant cet homme qui paraissait brisé et bizarrement heureux à la fois. Elle attendait la suite, gauchement, se tordant les mains, les tendant vers l’homme pour le toucher, tenter de le consoler, puis se ravisait.

- « Jeanne, tu ne me reconnais pas, jolie Jeanne, je suis ton père !

Jeanne vacilla et ils ne furent pas trop de deux gardes du corps pour l’empêcher de tomber sur le dallage de marbre rose. Ils l’installèrent confortablement sur un matelas de velours ambre où elle put reprendre ses esprits.

L’Homme qui prétendait être son père s’était approché, ses larmes avaient cessé dès qu’il avait vu sa fille perdre connaissance pour faire place à une grande frayeur. Il avait eu si peur de la perdre une seconde fois et définitivement. Mon Dieu, si elle s’était fracassé le crâne sur ce maudit marbre, il n’aurait pu y survivre.

- « Jeanne, mon enfant, tu es aussi belle que ta mère. Nous avons tant de choses à nous dire, tant de choses à rattraper, mais pour l’instant, repose-toi, dorénavant nous avons le temps devant nous ».

Jeanne bu le thé que lui tendait une jeune fille et sombra dans un profond sommeil, instantanément.

Pendant ce temps, Amaury-Lin-Chu, tel était le prénom de l’Homme, se perdit dans ses souvenirs, repensa à son épouse chérie, Marie-France, trop tôt disparue, ils s’étaient rencontrés pour la première fois aux pieds de la Tour Eiffel. Il était en voyage en France où il désirait découvrir ses origines françaises. Le passage par la Tour Eiffel était obligatoire lorsque l’on visitait Paris, bien que cela n’eût aucune relation avec ses racines. Marie-France vendait les billets qui donnaient accès à la Grande Dame. Elle avait dégoté ce petit boulot qui l’aidait à payer son studio durant ses études de droits. Bien qu’issue d’une famille bourgeoise et aisée, elle tirait sa fierté à subvenir elle-même à ses besoins. Lorsqu’elle avait un peu de temps pour elle, elle le consacrait à la fabrication de jambes de bois qu’elle offrait à Médecins Sans Frontière.

Très vite Amaury-Lin-Chu, collectionneur de cannes.



en tous genres, de la simple canne en bois à celle en osier tressé , les autres, précieuses, réalisées dans des fûts d’ébène aux pommeaux en cuir tournés à la main jusqu’aux cannes-épées si prisées au 19 et 20ème siècles,
s’éprit de cette jeune femme dont le mérite n’avait d’égal que sa beauté.

Les vingt années qui les séparaient ne furent pas un obstacle, ils se marièrent peu de temps plus tard et l’année suivante naissait Jeanne qui ne connut jamais sa mère, morte des suites de ses couches, ni son père qui, fou de douleur, confia la malheureuse enfant à un orphelinat et regagna son pays.

A ce stade de l’histoire, il semble utile de préciser qu’il s’était agi d’un mariage officieux qui ne se concrétisa pas à la Mairie, Amaury-Lin-Chu n’étant pas en possession des papiers qui lui auraient permis cette démarche qu’il comptait bien accomplir sitôt sa situation régularisée.
L’orphelinat qui accueillit le bébé ne possèdait donc aucun registre d’état- civil la concernant.
Et quant à son aspect physique, Jeanne était le portrait vivant de sa mère avec peut-être seulement les yeux un peu plus en amande que les siens et les cheveux plus noirs mais rien, qui par son teint ou tout autre détail de sa personne, la distinguât d’une autre Européenne.

Amaury-Lin-Chu regardait sa fille dormir avec attendrissement et doucement se rapprocha d’elle . Alors qu’il posait sa vieille main sur la sienne, il entendit des pas précipités dans la salle et des hommes vociférants qui...



semblaient se battre. Amaury abandonna Jeanne pour aller voir ce qu’il se passait.

L’incrédulité se dessina sur son visage quand il aperçut deux gardes qui tentaient de maîtriser Soria, la jeune fille qui avait donné le breuvage à Jeanne pour l’envoyer dans les bras de Morphée.

"Maître, Bon Maître, cette jeune femme a empoisonné votre fille ! Elle a mis de la poudre de champignon rouge dans le thé ! Nous avons appelé un médecin, mais en attendant restez auprès d’elle et essayez de la réveiller, le poison met quelques heures avant d’agir définitivement. Dès qu’elle se réveillera, essayez de la faire vomir. Vite Maître, ne restez pas là, nous, on s’occupe de cette traitresse".

Amauray, abasourdi, les jambes en coton, repartit au chevet de sa fille et commença à la secouer violemment.

"Jeanne, ma Jeanne, je t’en prie réveille-toi"...

Son esprit s’emballait, pourquoi Soria avait fait ça à sa demie-soeur ? Elle si douce, à qui il n’avait jamais caché l’existence de Jeanne, elle qui l’avait aidé dans ses recherches pour la retrouver...



Mais Jeanne qui semblait dormir d’un sommeil paisible resta immobile et son père, affolé, commençait à lui tapoter les joues et la secouer quand elle elle ouvrit enfin les yeux.

"Qu’y a t’il ? Mon dieu, où suis-je ? Ah, père, c’est vous ! Mais que se passe t-il ?."

"Oh, Jeanne, mon enfant, tu es en vie, tout va bien, ne t’inquiète pas."

Et la serrant dans ses bras, il l’embrassait à l’étouffer. Ces sots de serviteurs se seront trompés se dit-il et d’ailleurs, comment cette enfant qu’il connaissait si bien, Soria, aurait-elle pu commettre un tel acte, comment avait-il pu prêter foi, ne serait-ce qu’un instant, à leurs accusations ? !

A cet instant, tout occupé qu’il était à s’inquiéter de sa fille aînée, lui, si attentif à tout d’ordinaire, n’avait pas prêté attention au silence étrange qui avait succédé à la venue de ses domestiques. Il tourna la tête en direction de la salle derrière lui et vit alors ceux-ci au côté d’autres hommes à l’allure inquiétante
qui les avait rejoints et Soria, ligotée et bâillonnée, jetée sur un sofa.

Il comprit immédiatement le danger : il s’agissait bel et bien d’une attaque dans les règles dans sa propre demeure fomentée par ces deux traîtres qu’il n’avait que depuis peu à son service, du reste, en remplacement de ceux qu’il avait envoyé pour deux jours dans sa maison de villégiature à Anshun-Anshun.
Soria avait dû vouloir le prévenir et ils l’avaient alors tout simplement maîtrisée avant qu’elle que ne puisse l’appeler à son secours.

Quoique rompu aux techniques des Arts Martiaux dans lequel il était depuis sa jeunesse passé maître, son âge avancé ne lui permettait guère, face à cette horde, de songer passer à l’attaque et tout en ....



attendant Godot (euh, qu’est-ce qu’il vient faire ici celui-là ?) il se disait qu’il serait temps qu’il se passe quelque chose si l’histoire de Jeanne devait un jour être racontée et qu’il soit permis à celles et ceux qui s’y intéresseraient de savoir pourquoi elle s’était retrouvée affublée d’une jambe de bois creuse dont elle avait su, par la suite, tirer un si admirable parti

A ce tournant du récit...



les deux traîtres prirent d’assaut Amaury et, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, réussirent à le maîtriser. Un troisième homme fit irruption au milieu de la salle et asséna un violent coup au vieil homme, de l’extérieur de sa main. Ce dernier s’évanouit aussitôt.
Quand il reprit enfin conscience, il était entouré de plusieurs de ses serviteurs et de sa fille Soria.
"Où est-elle ? Où est ma fille ? Où est Jeanne ? Qu’est-ce-qu’il s’est passé ?"
"Père, calmez-vous, le médecin a dit que vous devez rester calme et allongé".

Soria expliqua par la suite à son père que les traîtres avaient emmené Jeanne en otage.
"Qu’ont-ils dit ?".
"Ces messieurs ont dit que vous n’avez pas honoré votre promesse envers l’ordre du lotus d’or et qu’ils retiendront en otage votre fille en conséquence et n’hésiteront pas à la découper en morceaux si vous vous entêtez".

A ces paroles, Amaury sentit son sang se glacer et ne put s’empêcher aux énormes ciseaux à bois qu’il a lui même utilisé par le passé.

Il insista pour se lever et...


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