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Le cadavre exquis boira le vin nouveau

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La lettre à Léa

Djunes

Texte initié le samedi 26 septembre 2009

Tout a commencé par un jeu d’homophonie, un soir où, juchée sur un tabouret devant le comptoir d’un bar de son quartier à déguster un chocolat chaud, Léa entendit ses voisins qui regardaient un écran de télévision s’écrier en choeur "Allez, les Verts !" .
Amusée, elle pensa : A la vôtre, allez les verres ! pour aussitôt retomber dans la tristesse qui l’avait amenée là. Elle revenait d’un enterrement, une fin d’après-midi glaciale en plein coeur de l’hiver et, bien que très affectée, fataliste, elle se dit : "Allez, les vers..."

Cet enchaînement de mots dont l’orthographe qui différait les uns des autres conduisait à une égale sonorité pour une même expression, de la plus encourageante pour l’équipe de foot qui se démenait sur le terrain, à celle amicalement complice destinée aux joyeux buveurs qui l’entouraient jusqu’à la dernière, qui, si macabre qu’elle fut, évoquait l’horrible travail souterrain qui allait s’accomplir, la plongea dans une profonde rêverie.

Léa éprouva alors le besoin de s’asseoir plus confortablement et se dirigea vers un coin discret de cet aimable troquet où, installée dans un fauteuil crapaud près de la baie vitrée, elle demanda une autre consommation avant que de sortir le stylo et le carnet de notes qui ne quittaient jamais son sac à main. Ce faisant, elle retrouva une grande enveloppe kraft libellée à son nom qu’elle avait fourrée là la veille, à la va vite, sans songer à l’ouvrir toute bouleversée qu’elle était à l’idée de la journée qui l’attendait le lendemain. Non pas que la personne disparue eût été quelqu’un de très proche mais néanmoins suffisamment estimée pour qu’elle souhaite lui rendre un dernier hommage.

L’esprit encore en alerte par la curieuse constatation qu’elle venait de faire, elle ne l’ouvrit pas sur le champ et commença à griffonner quelques notes dont elle aurait peut-être usage plus tard . Mais bientôt, lassée par cet exercice entrepris pour se changer les idées, elle prit enfin la lettre dont elle avait maintenant hâte de connaître le contenu. L’écriture lui en était inconnue et aucune adresse ne figurait au verso de l’enveloppe. Le cachet de la poste, quant à lui, était en partie illisible, sans doute effacé par la pluie à laquelle il avait eté exposé dans sa boîte aux lettres, qu’entre parenthèses elle devait remplacer, et les deux grands timbres très colorés qui y étaient apposés ne lui rappelaient rien de déjà vu. La correspondance régulière qu’elle entretenait avec ses amis chers tendait à se raréfier au bénéfice de long mails qu’elle échangeait désormais avec eux et elle n’avait aucune idée sur l’expéditeur ou l’expéditrice de ce pli ni de sa provenance.

Elle entreprit de le décacheter et en sortit trois grands feuillets rédigés à la main, d’une écriture régulière qui lui parut être d’un autre temps et...


Elle commença à lire.

Madame Le Professeur,

Peut-être ne vous souvenez-vous pas de moi, trente ans déjà que je fus votre élève en troisième, une petite élève timide, parmi tant d’autres.

Je suis Sophie Bartz, ce nom vous rappelle-t-il quelque chose ? Peu importe, je ne viens pas pour parler de moi, mais d’un autre élève qui, j’en ai la certitude, était l’un de vos chouchous : Pierre Formier.

Tout à fait par hasard, la semaine dernière, j’ai rencontré Pierre, il était en congés dans les environs et avait eu envie de revenir sur les traces de sa jeunesse, je ne l’avais pas revu depuis le lycée. Je l’ai reconnu tout de suite et une foule de souvenirs sont revenus. Nous sommes allés boire un verre ensemble au « Big Bang », comme nous le faisions autrefois (en cachette je l’avoue) pendant les heures de perm. Et, bien évidemment, nous avons parlé longuement de vous. Quel élève pourrait vous oublier ? Nous avons tous apprécié vos cours, vous étiez si passionnée lorsque vous nous lisiez des passages de Racine, Corneille et tous nos grands classiques. Et le latin, vous en faisiez une langue si vivante !

Après cette rencontre qui fut merveilleuse, combien de fois avais-je pensé à Pierre, me demandant ce qu’il était devenu ! Je dois bien avouer qu’il était aussi mon chouchou, mais pour d’autres raisons que celle d’un professeur à son élève comme vous pouvez vous en douter, vous qui avez vécu tant d’année parmi les jeunes adolescents. Après cette rencontre disais-je, j’ai eu cette envie irrépressible de vous donner de ses nouvelles car je suis persuadée que vous vous souvenez de lui et que cela vous fera grand plaisir.

Tout d’abord, sachez que Pierre est au courant de ma démarche, qu’il l’approuve et me charge de vous transmettre ses respectueuses pensées. Peut-être le fera-t-il lui-même un jour ? Il est resté le garçon très réservé que nous avons connu et s’il n’ose vous contacter pour l’instant, c’est uniquement dans la crainte que vous ne vous souveniez pas de lui !

Pierre est devenu un bel homme, comme le laissait présager l’adolescent qu’il fut. Après la troisième, suite à la mutation de son père, il avait dû quitter la région pour s’installer à Colmar où.



le changement de lieu de résidence et d’établissement ne lui fut hélas, dans un premier temps tout du moins, guère profitable.

Pour ne pas vous importuner avec tous les détails qui furent la cause d’un abandon momentané de sa scolarité, disons simplement qu’il préféra s’adonner à des études par correspondance qui lui permettaient dans le même temps d’accorder celui nécessaire à la passion qu’il s’était découverte depuis quelques années et dont il n’avait jamais osé s’ouvrir à ses parents.

Ce nouveau lieu de vie qui lui avait été imposé fut pour lui le prétexte qu’il choisit pour changer son mode classique d’enseignement et c’est ainsi qu’il put mener de front ses études et suivre les cours de théâtre du fameux Cours Simon à Paris où il se rendait chaque semaine.
Il est ainsi devenu le brillant acteur que tout le monde connaît et qui crève l’écran".

S’arrêtant à cette phrase qui terminait la seconde page de la lettre, Léa eut un sourire amusé et dubitatif.

Amusé, car elle trouvait la lettre de Sophie bien cérémonieuse, comme si cette dernière s’était appliquée à lui rendre un devoir destiné à être noté. Le style, quelque peu ampoulé, ne correspondait guère à l’image qu’elle avait conservé de la sympathique et facétieuse adolescente qui songeait plus aux distractions de son âge qu’à un travail scolaire rigoureux et la fantaisie que l’on découvrait dans les copies rendues prenait le pas sur le souci d’une rédaction aboutie.

Pour ce qui était de la versification latine - et son sourire s’élargit - elle se souvenait que Sophie s’en tirait à bon compte et que si son excellente mémoire la sauvait in extremis et lui permettait de rendre des versions très acceptables, parfois même bonnes, les thèmes, en revanche, étaient le parfait reflet de son dilettantisme.

N’importe, elle conservait de cette jeune fille un souvenir charmant.

Dubitatif aussi le sourire de Léa qui se demandait bien sous quel nom d’acteur se cachait le jeune homme en question.

Pierre Fournier, Pierre Fournier... Cela lui disait quelque chose bien sûr...
Elle cherchait désespérément à y associer un visage mais n’y parvenait pas.

Elle prit alors le troisième feuillet...



tout en rectifiant mentalement : non, pas Fournier, Formier, Pierre Formier.

Et...



Et, et, et, se remit-elle à penser, si c’était. non, non, pas lui, trop vieux. Pierre Formier doit avoir entre 44 et 46 ans, pas plus. Delon, Belmondo. ceux-là bien sûr elle les connaît, mais les plus jeunes, elle les connaissait bien un peu de vue, mais de là à retenir leur nom. Elle allait bien au cinéma, regardait la télé de temps en temps, mais elle ne prêtait pas attention aux noms des acteurs, encore moins des réalisateurs d’ailleurs.

Ah, ça, par contre, les livres, toutes époques confondues, elle était incollable. ou presque, parce que les érotiques.

. bon, continuons avec ce troisième feuillet se dit-elle à nouveau, peut-être y trouverai-je un indice.

« Pour le suspens, je ne vous donne pas son nom ici, mais je suis bien certaine que vous avez fait le rapprochement, entre votre ancien élève et ce bel et talentueux artiste. Peut-être même l’aviez-vous déjà compris depuis longtemps, bien qu’il ait pris un pseudonyme ?! Ce n’est pas évident, moi-même, je pensais que c’était un sosie, jamais je n’aurais pensé que Pierre allait embrasser une carrière artistique.

Pierre et moi serions très heureux de vous revoir pour reparler de nos belles années d’adolescence. Si vous êtes d’accord, nous attendrons une prochaine visite de Pierre et organiserons une soirée ensemble, chez moi, à l’extérieur, à votre convenance !

J’espère de tout coeur que vous accepterez cette proposition.

Voici mes coordonnées :

Sophie Bartz
123bis rue de la Lavande de Prusse
18658 Baricabourg
Tél. indicatif+09.08.07.

Je vous quitte afin d’aller poster cette lettre avant la dernière levée.

En espérant avoir très prochainement de vos nouvelles,

Je vous prie de croire, Madame Le Professeur, en mon plus profond respect.
Sophie »

Léa, replia lentement la lettre, la remit dans son enveloppe. Avait-elle vraiment envie de renouer avec le passé ? Pour commencer, elle allait appeler son fils David, le plus cinéphile de ses quatre rejetons. Elle attrapa son mobile, son cadeau de fête des mères. quelle idée ! Mais bon, elle l’avait maintenant, après quelques cours prodigués par sa petite-fille Julie, elle savait à présent décrocher, composer un numéro, raccrocher, écouter les messages et même ouvrir ses sms !

A l’autre bout du fil (enfin du sans fil !), en pleine réunion, David sentit son téléphone vibrer au fond de sa poche.

« Allo ?! » fit-il le plus doucement possible.

« Oui, mon chéri, c’est Maman. Figure-toi que je t’appelle parce que. »



il vient de m’arriver quelque chose d’incroyable ! Figure-toi..."

David l’interrompit aussitôt : "Maman, s’il te plait, chuchota t’il, je suis en pleine réunion, je passe te voir ce soir si tu veux". "Oui, oui, parfait, à ce soir mon chéri".

Dommage ! Il allait lui falloir attendre jusqu’à ce soir pour que, peut-être, David ait des noms d’acteurs à lui suggérer. En attendant, elle allait répondre sur le champ à Sophie dont la lettre l’avait beaucoup émue sans mentionner qu’elle n’arrivait pas très bien à remettre dans le contexte ce Pierre en question. Elle se dit qu’il arrivait aussi que parmi ses élèves certains ne se servent pas de leur premier prénom et choisisse de se faire appeler par le second ou par un autre qui leur plaisait mieux, ceci pourrait expliquer cela. Quoi qu’il en soit, Léa quitta sa place confortable et rentra directement chez elle pour écrire à Sophie.

Ma chère Sophie,

Votre lettre touchante me ramène bien des années en arrière et croyez bien que moi non plus je ne vous ai pas oubliée. Vous faites partie de ces élèves marquants dont on conserve le souvenir ému dans un coin de son coeur en se demandant parfois ce qu’ils ont pu devenir.

Alors, vous dire sans plus attendre que j’aurais grand plaisir à vous rencontrer tous les deux, pourquoi pas en fin de semaine prochaine ? Nous pourrions nous le confirmer par téléphone, voici le mien : indicatif+04 08 26.

A bien vite ma chère enfant, j’ai hâte de pouvoir vous embrasser.

Léa Loiseau

Voilà. Elle ne s’était pas trop étendue sur le cas de Pierre et en se laissant une huitaine de jours devant elle, c’était bien le diable si avec l’aide de David elle n’arriverait pas à trouver de qui il pouvait s’agir.

Mais plus elle y réfléchissait, plus elle se disait qu’à coup sûr il ne se faisait pas appeler Pierre au Lycée (sa mémoire ne lui jouait encore aucun mauvais tour) et que Sophie dans sa lettre le mentionnait sous celui-ci par erreur ou alors en associant son prénom d’acteur à son réel patronyme. Elle avait toujours eu pour coutume de nommer ses élèves par leurs prénoms et donc pas étonnant que son nom de famille, Formier, lui ait échappé.

L’esprit en ébullition et se disant que David ne serait pas là avant au moins 20 heures, elle se mit à passer en revue tous les visages intéressants des jeunes adolescents qui avaient croisé son chemin d’enseignante.

Léa ferma les yeux. Des images se dessinaient, elle revoyait...



Léon ! Quel drôle de prénom pour l’époque. Au moins, pas de confusion possible avec un autre, ce qui n’était pas le cas des Laurent, Michel, Philippe et compagnie. Sans être gros, Léon avait une bouille toute ronde, n’était pas très grand. C’était le plus gentil de sa classe, toujours prêt à rendre service, à se dénoncer à la place des autres. Très fort en dessin à en croire tous les motifs qui ornaient ses cahiers. Un grand rêveur aussi qu’il fallait souvent ramener sur terre, mais cela lui valait des bijoux de dissertations.

Est-ce que Léon pourrait être une star à présent ? Quelle tête pouvait-il avoir adulte ? Elle avait bien du mal à imagine cette frimousse de poupard avec quelques rides.

Oh, et la petite Christine ! Quelle allumeuse celle-là, non contente d’aguicher tous les garçons pendant les récrés, elle faisait aussi de l’oeil à tout professeur, pourvu qu’il soit un mâle en-dessous de la quarantaine. Cela avait failli virer au drame le jour où un jeune professeur de musique avait eu du mal à cacher son trouble, quel besoin aussi avait-il de mettre des pattes d’éph. aussi moulants, enfin c’était la mode. Toute la classe s’en était rendu compte et cela avait fait le tour de l’établissement. Le jeune prof avait été sommé par Monsieur Le Proviseur de porter des tenues plus décentes et de s’en tenir à son solfège s’il ne voulait pas se voir rayer de la profession. Léa pouffa de rire à ce souvenir. Elle-même se souvenait avoir été un peu amoureuse de ce jeune musicien et avoir eu envie de gifler copieusement Christine.

Et si c’était. Christian, Christian comment déjà ? Ah oui, Christian Larnaud. Il promettait d’être bel homme. Brun, regard de braise, lèvres ourlets toujours prêtes à esquisser un sourire. Un vrai charmeur ce Christian, intelligent et plutôt sympathique. Toutes les filles tournaient autour, ce qui ne semblait pas l’émouvoir outre mesure.

Elle nota Christian sur un petit carnet, et puis pourquoi pas, Léon, elle reviendrait plus tard sur sa liste, en discutant avec son fils peut être que la lumière se fera.

Et Claude, « Claude le binoclard », c’était le surnom que lui avaient donné ses petits camarades. Il était mignonnet, mais ses lunettes de sécurité sociale ne l’avantageaient pas et les enfants, cruels, n’y vont pas par quatre chemins pour le faire savoir. Pauvre Claude, quand il en avait par-dessus la tête des quolibets, il retirait ses lunettes ce qui lui valut quelques gadins mémorables. Il était myope comme une taupe. Il avait une bonne copine, Lydia. « Lydia la boiteuse ». et oui !

Ding Dong !

Tiens, qui pouvait bien sonner, il était encore trop tôt pour que ce fût David.

 Youpala - des lèvres ourlées, bien maîtresse, j’en prends note !  Djunes - Je trouve créatif pourtant le coup des "lèvres ourlets", ça change !  Youpala - Oui, peut-être, mais motus et bouche cousue !!!  Djunes - Au point de surjet peut-être...

C’était Zoé, sa jeune voisine du cinquième étage, un classeur à la main.

"Pardonnez-moi de venir vous déranger madame Loiseau mais j’ai un peu de mal avec ma dissertation que je dois rendre demain après-midi et si vous pouviez y jeter un coup d’oeil..."

Léa apprécia la formule... Zoé avait sûrement tout simplement besoin qu’elle mette la main à la pâte et l’aide à charpenter son devoir. Elle avait trop l’esprit ailleurs pour lui être d’un quelconque secours cette fois-ci et s’excusa auprès d’elle en lui disant attendre son fils d’une minute à l’autre mais de repasser le lendemain, en fin de matinée, si elle le voulait.

La jeune fille repartie, elle reprit son petit carnet sur lequel figuraient pour l’instant les prénoms de Léon, Christian et Claude sans qu’elle fut vraiment satisfaite des premières recherches dans ses souvenirs car enfin Sophie, dans sa lettre, parlait du "bel homme qu’il était devenu tel que l’adolescent qu’il avait été le laissait présager". Aucun dans ces trois-là qui corresponde à un tel portrait, si ce n’était Christian bien sûr mais, même vieilli, elle l’aurait reconnu sans aucun doute.

Elle songea soudain à ses albums de photos de classe qui lui auraient été d’un grand secours. Malheureusement, au cours de son déménagement, lorsqu’elle avait pris sa retraite, un de ces précieux cartons qui les contenait tous, sauf un, avait été égaré. Il lui en restait donc un seul, d’elle ne savait plus quelle année scolaire du reste . Petit espoir quand même...



Elle entreprit donc de monter sur l’escabeau qui lui permettrait d’attraper le carton de photos. N’étant pas du genre à ressasser le passé, elle avait demandé à David de le mettre tout en haut du placard de sa chambre avec les objets dont on ne se sert pas ou si rarement, mais dont on hésite à se débarrasser... pour le cas où.

C’était bien beau, maintenant qu’elle avait les deux mains prises pour tenir le carton, comment allait-elle faire pour redescendre sans risquer de se casser col du fémur ?! Tant pis, elle décida de jeter le carton sur le lit mais rata sa cible et il alla atterrir à grands fracas sur la table de nuit, renversant la lampe de chevet en porcelaine, la cassant par la même occasion et le carton s’esclaffa, éparpillant les albums d’où quelques photos s’échappèrent.

Léa redescendit de son perchoir, rigolant de sa maladresse. Tant mieux pour la lampe, le cadeau de mariage de sa belle-mère. Elles n’avaient jamais pu les voir en peinture : sa belle-mère et la lampe. Belle-Maman, paix à son âme, n’était plus de ce monde depuis de nombreuses années et elle avait gardé la lampe par respect pour son défunt mari qui vouait un culte sans limite à sa mère. En attendant, pour une fois, cette année elle aurait une idée cadeau à donner à ses enfants pour Noël. Tous les ans à la sempiternelle question "qu’est ce que tu veux M’man pour Noël ?" elle répondait toujours qu’elle n’avait plus besoin de rien à son âge, qu’elle avait tout. Grave erreur car les pauvres chéris étaient obligés de se creuser la tête pour souvent trouver une idée de cadeau qui restait dans un placard... tout en haut !

Commençant à ramasser les morceaux et jetant un coup d’oeil aux photos répandues sur le sol, une lui attira particulièrement l’attention...



en tout premier plan, à ses côtés justement, le beau Christian. Et sur trois rangs, tous ses élèves, filles et garçons de classe de seconde. Elle retourna la photographie : Lycée Descartes - année scolaire... la date, écrite à l’encre, qui mal séchée sans doute s’était diluée, n’était plus lisible.

Tous ces visages, dont certains oubliés évidemment, lui parlaient maintenant, enfin ceux que l’on voyait car trois ou quatre élèves des second et troisième rangs étaient cachés derrière elle et leurs voisins de devant.

En tous les cas, de tous ceux qu’elle pouvait détailler aucun, elle en était certaine, qui soit devenu l’acteur célèbre qu’elle espérait reconnaître parmi eux. Et puis, rien ne disait que ce soit justement sur cette photo rescapée qu’il se trouvât.

A cet instant, deux vigoureux coups de sonnette à peine espacés retentirent.
C’était David !

"Entre chéri ! Tu as oublié ta clef ? J’arrive !"

...



"Bonjour Madame"

"... ? Bonjour Monsieur, veuillez m’excuser, je pensais que c’était mon fils, je l’attends d’une minute à l’autre, vous désirez ?"

"Je suis Richard Palois et j’aimerais vous présenter les derniers appareils électroménagers Magilux"

"Ah, oui, bien sûr, mais non, non, je n’ai besoin de rien et comme je viens de vous le dire, j’attends mon fils... ha, quand on parle du loup... bonsoir mon chéri, entre... Au plaisir Monsieur..."

"Palois, Richard Palois..."

"C’est ça, au plaisir Monsieur Palois, peut-être une autre fois. Au revoir."

L’homme tourna le dos et entreprit d’aller sonner chez le voisin d’en face. David s’installa dans le canapé, mit les pieds sur la table basse, une sale manie que Léa avait renoncé, de guerre lasse, à lui faire perdre.

"Qu’est ce qu’il te voulait ce type ?"

"Rien, encore un représentant en électroménager, c’est tous les mois qu’il en passe en ce moment, des représentants en ci, en ça... on sent que le fêtes approchent !"

"C’est marrant, il m’a fait penser à un acteur dont le nom m’échappe..."

"Oui ?! Moi aussi, enfin je ne saurais dire s’il me faisait penser à un acteur ou pas, mais son visage ne m’était pas inconnu".

"Tu me sers un petit gin tonic ?"

"Mais dis, tu sais où ça se trouve, sers-toi, pendant ce temps je vais faire chauffer la soupe, tu restes manger avec moi ?"

"Ouais, pourquoi pas, je n’ai rien de prévu ce soir. Au fait, qu’est-ce que tu voulais tout à l’heure ?

"Et bien, j’ai besoin que tu me donnes des noms d’acteurs, français, qui auraient dans les 44-45 ans. Tiens, lis cette lettre et tu comprendras le sens de ma question, tandis que moi, je retourne à mes fourneaux. Et, au fait, doucement sur le gin !"

David se prépara un bon verre bien tassé, ouvrit un paquet de cacahuètes salées et déplia la lettre. Il pâlit en voyant l’écriture familière de Sophie Bartz, son premier amour secret et platonique, une foule de souvenirs le submergea...



Il l’avait remarquée en allant une fois attendre sa mère à la sortie du lycée et était tombé sous le charme sitôt qu’il l’avait aperçue passant la porte cochère en compagnie de camarades avec lesquelles elle bavardait tout en riant.

De ce jour-là, sous un prétexte quelconque, il passait chercher Léa qui s’en trouvait ravie au moins une fois la semaine sans qu’elle se doutât un seul instant qu’il espérait tout simplement revoir la belle Sophie.

Mais comme il songeait à ses émois de jeunesse, Léa revenue dans la pièce le ramena brusquement à la réalité. "Alors, que penses-tu de cette lettre ?"
David qui n’avait pas encore eu le temps de la lire se dépêcha de la parcourir en diagonale, relevant l’essentiel. "Ca alors, ce n’est pas banal ! Tu te souviens de la fille en question ?" "Oh, mais oui, très bien, je l’aimais beaucoup" lui répondit Léa. Mais enfin, et c’est là ma question, qui peut bien être l’acteur célèbre dont elle me parle et que depuis le temps où l’on doit parler de lui je n’aurais pas été capable de reconnaître ? Cette histoire me semble complètement surréaliste."

David, tout à son émotion, n’était guère intéressé par la question mais fit néanmoins un effort pour être agréable à sa mère.

"Ce ne doit pas être si compliqué que ça quand même de pouvoir répertorier les acteurs célèbres de cette génération. On va les passer en revue, aller voir leurs dernières photo de près sur internet, c’est bien le diable si tu n’arrives pas à trouver une ressemblance possible, malgré leur âge maintenant, avec un de tes anciens élèves."

Et...


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