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Le cadavre exquis boira le vin nouveau

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Le début d’un voyage, sous (...)

Galdacan

Texte initié le dimanche 17 janvier 2016

Sans bagages ni attache, elle se lève. Ses pied nus racle le sol, sans pour autant lui abîmé la peau, cela fait longtemps qu’elle n’en porte plus. Richesse et Nom en lambeau, amis et ennemis disparu, un futur inconnu qui n’attends que le moment pour commencé. D’un pas chancelant, un atteint la sortie de la ville, avec pour seul témoin la lune, brillant de mille feu dans le ciel d’été.

Sans savoir ou elle va, elle à pris son destin en main, et rien n’arrêtera le choix qu’elle à fait.


Elle sait que ce choix sera difficile car elle quitte famille et amis, mais son désir de ne pas regarder en arrière est la plus séduisante de toutes les options disponibles.
En chemin, sous la douce luminosité que lui offre la Lune, elle marche pieds nus et tête haute, elle avance pas après pas et pour la première fois de sa vie, elle assemble les pierres de son destin. ELLE AVANCE !
Oui, cette fois-ci c’est la bonne, son passé est déjà relégué aux oubliettes.



Au fond d’elle, une peur monte. Elle n’a que vingt ans et son monde s’est effondrer. Pour elle qui ne connaissait que banquet et politique, c’est tout à coup retrouvé dans l’obscurité des ruelles sombres. Fugitif, elle ne devait sa survie qu’à sa discrétion et son courage. Les quelques "amis" qui ne l’avaient pas oublié évitaient de croiser ces yeux. C’est eux qui l’avaient prévenus sur l’importante somme d’argent que valaient sa tête.

Comment, dans un monde pauvre et cruelle, peut elle survivre ?

La ville est derrière elle, et les derniers son qu’elle entends sont les cris d’une femme. Un déclic se fait. Elle efface tout une branche de futur disponible, pour en choisir une. Difficile et vaste, celle d’aider tout ces gens qui ne vivent qu’au jour le jour.



Un an déjà qu’elle a tout quitté et décidé d’avancer seule dans une vie qui ne fut jamais la sienne... Aujourd’hui elle aimerait faire un premier bilan : elle avait laissé derrière elle un monde où rien ne pouvait la mettre en danger, où la signification du mot "pauvreté" n’avait que celle qu’en donnait le dictionnaire... Le froid, la faim, la soif elle ne pouvait que les imaginer... y avait-elle seulement pensé une fraction seconde au cours de sa courte existence ?!....



Issue d’une famille extrêmement aisée dont, parait-il, les ancêtres étaient tous de sang royal, depuis son enfance elle observait, désenchantée, son père qui, dans sa fierté mégalomane avait choisi la voie politique comme carrière et était connu dans le pays et même ailleurs, pour son parcours grossier, ses discours à vomir, son mépris des pauvres gens et surtout de l’Etranger en général. Elle avait grandi dans une famille "d’extrême droite" où la mère effacée suivait comme un fantôme les pas et exigences de son époux tyrannique. Pour oublier cet environnement, elle s’était réfugiée dans les études et son parcours fulgurant au lycée et en fac, bien plus jeune que ses camarades, fut applaudi comme il se doit par toute la famille. Mais elle les haïssait depuis toujours, paraissant elle aussi aussi terne que sa mère, quand elle croisait son père très rarement du reste, dans leur grande maison luxueuse. Lui, pensait avec une fierté égoïste, qu’elle allait bientôt le seconder dans son Parti politique.....Elle le laissait dans ses ambitions. Ses rêves à elle étaient bien différents.
Elle voyait de plus en plus le Monde autour d’elle s’appauvrir, se dégrader, la misère et la déchéance de peuples entiers livrés à leurs malheureux sorts. Et un jour elle décida qu’elle partirait dès que possible loin cette vie de luxe et de discours puants.
Et c’est ainsi qu’elle s’était engagée dans les O.N.G. Depuis un an, elle avait parcouru plusieurs pays, fait de multiples rencontres . A présent elle se retrouvait à Beyrouth parmi des enfants syriens orphelins...



Le dénuement de l’orphelinat l’avait déconcertée dans un premier temps mais rapidement elle ne le vit plus... elle s’attachât seulement aux regards emplis de tristesse de ces enfants que la guerre avait privés de leurs parents, leurs familles et leurs camarades. Ils avaient aussi du s’adapter à un environnement totalement différent bien loin de ce qu’ils connaissaient ou avaient appris à connaitre au cours leur petit bout de vie...
Leurs yeux immenses ouverts sur le monde qui les entourait mangeaient leur visage... La peine qu’on pouvait y lire était compensée par un tout aussi immense sourire. Malgré ce qu’ils avaient vécu, ils gardaient en eux l’insouciance qu’offre l’enfance...



C’est merveilleux et à la fois insupportable le sourire d’un enfant qui a tant perdu et qui se retrouve dans la plus profonde des misères. Merveilleux parce que quoi de plus beau qu’un visage d’enfant et son sourire innocent ? Un sourire plus fort que toute la détresse et les cruautés du monde !
Insupportable parce que l’enfance ne devrait dans aucun pays du monde connaître un tel dénuement et tant de souffrances, quelles qu’elles soient. Sourire insupportable quand on sait toute la douleur qu’il masque, et qui le marquera à tout jamais !
Aux yeux de Lucie, partie depuis plus d’un an de son monde odieux à "la Dallas" qu’elle exécrait depuis ses plus jeunes années, il était intolérable de voir un si grand fossé, de si grande différences entre les pays nantis et ceux qu’elle traversait à présent en suivant les associations au gré de leurs tâches de plus en plus nombreuses en parant le plus souvent au plus urgent.
Elle savait au plus profond d’elle même qu’elle avait trouvé un véritable sens à sa vie en coupant avec son passé et un environnement aisé mais si écoeurant.
A présent il lui fallait s’endurcir moralement pour supporter toutes les atrocités que des téléspectateurs du monde entier voient comme une fiction derrière leur petit écran et qu’elle devrait affronter en direct au quotidien et surtout dans l’affreuse réalité !
Mais rien ne la ferait revenir en arrière ! La terre entière était en état d’urgence, et malgré le peu de moyens, elle se voulait être comme dans "la légende du petit colibri" : apporter sa contribution, si minime soit-elle....



... Non vraiment elle ne regrettait rien ! Rien ne lui manquait et elle ne cherchait jamais d’une quelconque façon à renouer avec ce monde vide encore plus dénué de sens par la distance et la dureté de sa vie quotidienne....

Oui... elle devait continuer à apporter sa contribution aussi maigre soit elle et aider partout où l’on aurait besoin d’elle... De cette aide apportée elle souhaitât tirer une force nouvelle et tenter d’y forger une première "armure" contre elle-même et les larmes, par exemple, qui encore si souvent troublaient son regard...
Elle n’arrivait pas à comprendre la guerre... les guerres... pourquoi des hommes, quelques puissants, en arrivaient-ils à de telles extrémités ? Elle repensât à un sociologue croisé lors de lectures durant ses études qui expliquait ces dernières par le fait que l’homme était depuis trop peu de temps sur terre pour avoir abandonné son âme belliqueuse...
Elle se demandât naïvement combien de temps faudrait-il encore avant que le mot "guerre" ne soit plus mentionné que dans les manuels scolaires ? Elle pensât aussi aux milliers d’hommes sacrifiés à la cupidité, la haine ou la soif de pouvoirs...
Décidément elle se posait trop de questions inutiles et pendant ce temps là les enfants attendaient son aide... D’une main chassant l’air elle chassât aussi ses pensées pour retrouver le monde tout aussi noir que ses idées mais si réel. Son regard rencontrât un visage d’ enfant et y vit tellement d’attente qu’elle courut vers lui...



Un petit garçon d’environ 5 ans, aux grands yeux noirs ouverts pour la vie mais déjà si ternis par la tristesse et l’inquiétude, posé là comme en retrait de lui même, semblait l’observait cherchant en elle une étincelle de lumière.

Lucie s’arrêta à quelques pas de lui pétrifiée. Elle se sentit tout à coup si petite face à cet enfant qui semblait déjà avoir connu les plus terribles tempêtes de la vie.
Le regard de ce petit être à peine arrivé à la vie, renvoyait les horreurs de toutes les guerres de l’humanité, la crainte à chaque minute de recevoir ces objets effrayants tombés du ciel, ces bruits assourdissants des bombardements incessants, ces soldats mitraillant tout aveuglément sur leur passage, ces civils courant dans tous les sens, ces immeubles en ruine, ces villes et ces corps en lambeaux, ces vies détruites pourquoi, pour qui ?
Cet enfant portait en lui toute l’absurdité des hommes en grand point d’interrogation.

Désarçonnée, Lucie n’avait aucune réponse à lui apporter....reprenant son souffle et toute l’assurance qui lui était possible, elle s’avança, plongeant son regard bleu dans les yeux noirs pour lui transmettre la seule chose qu’elle pouvait en cet instant lui transmettre, un peu de réconfort avec tendresse et Amour.

 nass - désolée pour la répétition de "transmettre". Je ne peux malheureusement corriger sur le texte mais lisez plutôt : "pour lui transmettre la seule chose qu’elle pouvait en cet instant lui (...)

Elle prit l’enfant dans ses bras et il s’y blottit ! Il ne bougeait plus de peur que ce doux moment s’interrompt trop vite... Avec tendresse elle le berça et involontairement ses pensées partir à nouveau vers l’absurdité des guerres et quelques paroles d’une chanson de Georges Brassens se bousculèrent dans sa mémoire : "Quand les cons sont braves" et elle se mit à les chantonner :

"Si le sieur Z était un jobastre sans grade,
Il laisserait en paix ses pauvres camarades.
Mais il est général, va-t-en-guerr’, matamore.
Dès qu’il s’en mêle, on compt’ les morts."

Peu à peu elle sentit que l’enfant se détendait et sa respiration devenait de plus en plus régulière. Lorsqu’elle pencha la tête vers lui elle comprit qu’il s’était endormi. Avec une grande douceur elle le prit dans ses bras et se dirigeât vers le dortoir où elle le déposât, mit sur lui une petite couverture et sortit sans faire de bruit...

Rapidement elle se rendit à la cuisine où des légumes en grande quantité attendaient d’être épluchés et cuits... Elle devait se dépêcher : l’heure du repas était proche...
Beaucoup d’associations caritatives se chargeaient de récupérer auprès de producteurs ou commerçants de la nourriture. Tous donnaient sans compter et au moins pour le repas des enfants la question du manque ne se posait pas...

Elle repensât à la fortune de son père et aussi à la puissance et à l’influence qui lui étaient apportées grâce à sa position politique. Elle pourrait lui demander de l’aide mais pour l’instant elle ne pouvait imaginer reprendre contact avec lui et ce monde qu’elle avait délibérément quitté. Quelles solutions trouver pour aider ces enfants, sans grands moyens financiers que faire ?...



Adriana et Ricardo, tous deux bénévoles du Monde comme Lucie, s’affairaient déjà entre marmites et plats divers depuis le matin. Lucie venait prendre la relève, et sa coéquipière Rita n’allait pas tarder à la rejoindre.

Devant ses préoccupations, Adriana l’italienne, une des plus anciennes dans les ONG et qui avait déjà, à trente ans, connu les pires atrocités dans de nombreux pays dévastés par la famine ou la guerre, expliqua à Lucie dans un accent italo-français délicieux :

" Tu sais Lucie, ici, il faut aller au plus pressé. Pas le temps de trop réfléchir. Il faut agir avec ce qu’on a sous la main. Sauver un petit enfant du choléra ou de la dénutrition est à chaque fois un moment de joie incomparable !. Un miracle parfois ! Grazie al Cielo, chaque jour nous apporte des dons inattendus qui nous permettent de continuer !"

"Surtout ne perds jamais confiance !" ajouta Rita, l’allemande, qui arrivée dans la pièce, lui tapota affectueusement l’épaule tout en saluant le groupe,... il faut que tu gardes bien à l’esprit qu’ hélas, on ne peut sauver tout le monde et même si on a l’impression parfois de sentir démuni, peu utile devant tant de misère humaine...chaque pas que l’on fait pour eux et vers eux est une victoire et un espoir !

Ricardo, le mexicain, acquiesça d’un large sourire : "Nous tous ici por la misma causa, ayudar,... aider, c’est bien ça ?"

"Oui, Ricardo, c’est bien ça, AIDER ! Oui les amis. Malgré le triste sort de ces millions d’exilés, de toutes les difficultés rencontrées chaque jour, il faut avancer et rester debout pour aider le maximum d’entre eux à vivre en gardant leur dignité...ou du moins...survivre dans la dignité !"

"Si tous les gars du Monde voulaient s’donner la main !...." chantonna le joyeux Paul, dit le parigot, en déposant de ses larges épaules de nouvelles caisses de fruits et divers dons reçus.

Son humeur enjouée fut instantanément communicative et ses compagnons cosmopolites se mirent les unes à leurs tâches pendant que l’équipe du matin allait prendre une pause avant de se retrouver plus tard pour d’autres missions.

Ici, le repos était obligatoire mais de courte durée, vue l’étendue des impératifs de la situation.



Malgré toute sa fatigue accumulée, complètement fourbue, Lucie eut énormément de mal à s’endormir quand elle put rejoindre enfin sa couchette.
Trop de questions convergeaient dans son esprit tourmenté. Elle pensait à l’injustice de ce Monde, la cruauté de la Vie, l’inégalité si arbitraire entre tous les êtres de la Terre. Pourquoi tant de différences de chances et tant d’indifférence de la part des mieux nantis ?
Et tous ces pauvres gens dépourvus de tout, côtoyant sans cesse la mort, la vivant au plus profond de leur être avant d’être engloutis dans son immense gueule d’horreurs....qui continuaient malgré tout, leur prosternation et leur louanges devant un Dieu vénéré ou craint, mais toujours adulé en Sauveur !
Ereintée, après avoir tourné maintes fois dans tous les sens dans ce petit lit dur et très inconfortable, le sommeil la gagna enfin.
......
Un petit garçon aux yeux noirs qui ressemblait à celui qu’elle avait croisé dans la journée, vint hanter son sommeil. Mais il était différent : son regard n’était plus inquiet, il avait le visage naturel de l’insouciance enfantine. Derrière lui, un homme et une femme assis dans un jardin le contemplant avec tendresse dans ses jeux. Un tableau serein, signe d’un petit bonheur tout simple de la vie comme il en existe beaucoup mais que l’on ne sait malheureusement pas toujours percevoir sur le moment.

C’est seulement quand ces petits moments n’existent plus que l’on peut -parfois- se rendre compte combien ils étaient si précieux.

Derrière la famille, une jolie petite maison, et au delà une rue paisible dans une ville qui le semble aussi.

Lucie se retrouve vite de l’autre côté, parmi les gens qui déambulent tranquillement sur les grandes artères de la ville, mélange fascinant de plusieurs civilisations, avec ici et là des bassins d’eaux entourés de palmiers majestueux dans de ravissants jardins, des monuments somptueux gorgés d’histoire , tout ce qui a valu à la ville d’Alep d’être classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

Lucie n’en croit pas ses yeux : tant de splendeurs devant elle ! Toutes ces personnes souriantes, heureuses. Tableau idyllique ! Soudain elle sent une petite main sa glisser dans la sienne...c’est le petit garçon qui jouait tout à l’heure dans son jardin. Il lui parle en arabe et ....incroyablement, elle le comprend ! Il l’invite à venir rencontrer ses parents et à prendre le thé avec eux.

Incrédule, elle finit par le suivre....


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