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Le cadavre exquis boira le vin nouveau

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Note des lecteurs

Les Fondations d’un trône

Spiréal

mercredi 19 mai 2010

Introduction, par Robert Damirais :

Chèque signé, c’est fait.

Ils vont construire ma maison. Ces 32 ouvriers, expression neutre et physique rendu ingrat par les chantiers de plus en plus éprouvants, vont participer à la construction de ce monument de ma réussite. J’imagine ce qu’il doivent se dire : Que ça fait encore un chantier à mettre à leur actif, qu’ils sont forcés d’accepter toutes les couilles, les nombreuses couilles qu’ils vont rencontrer. Qu’ils travaillent pour un mec qui trônera fièrement devant chaque pierre, chaque poutre et morceau de carrelage dès que ce sera fini. Et n’imaginons pas le pire...

Et pourtant, il y a quelques années de cela, pour moi, Robert Damirais, c’était pas gagné. Une galère tout simplement.

Je suis né dans une famille on ne peut plus normale, mais c’est justement dans la branche que j’ai créée que ça à commencé à merder... Dès 4 ans, j’ai commencé à faire le caïd, je me souviens encore des maitresses qui couraient, avec une parfaite maîtrise des jupes et talons aiguilles, après moi pour une raison X ou Y. Mais la CP engagée, je me suis (très) vite aperçu que mes camarades avaient mieux grandis que moi... Et les rôles se sont inversés. Après, le classique : Dernier pris en sport, refoulé dans les diverses activités, etc... Et avec le collège et ces nouvelles têtes dures, les forces se sont vite déséquilibrées. J’avais une réputation de frimeur, de menteur, et j’en passe. Cela me rapellait chaque jour le discours qu’on nous servit en 6ème par le fameux CPE (vous savez, l’équivalent d’Iznogoud en réel, qui jouait à celui qui s’activait le plus avec le directeur) qui fut qu’il ne fallait pas se louper, que le collège était le début de la vie active et que ceux qui jouaient les malins n’allait plus l’être longtemps. Ma soeur était dans le même collège et j’ai beaucoup souffert car elle n’a pas trouvé de plus brillante idée pour attirer l’attention que de devenir une hippie attardée.

Pourtant, en 4ème, j’ai crû renaître : les filles m’ont prises sous leurs ailes, plusieurs de ces filles qui ne s’intéressent pas au dernier single ringard sorti... Mais bien sûr, plusieurs de ces filles qui ont tendances à agiter les mecs... Je suis toujours en contact avec l’une d’entre elles, qui s’appelle Sofia, et d’ailleurs on se voit une fois par semaine. Ahhh ces années 80-là...

Et puis, le lycée, qui veut tout dire, rien qu’a lui-seul. Une sorte de collège puissance 1000 autant pour la difficulté de ce que l’on nous demande de faire que pour la réalité sociale. Les filles « Â m’ont lâchés  » . je m’accrochait alors tant bien que mal à ce qui me reste de popularité, ainsi qu’aux petits sursauts de sympathie que m’accordaient le monde quelques fois.

Mes notes restant toujours autour de 12, l’académie m’accorda de passer à la vitesse supérieure : l’université. Des études qui me plurent car il n’y avait personne dont je connaissait l’identité. La paix, l’anonymat, l’égoïsme discret et classe, enfin. Reparti de zéro, j’ai préféré rester dans l’ombre et ça m’a servi.

J’ai eu les diplômes que je voulais et le job que je voulais. Je dirige un restaurant. Avec un salaire plus que confortable. Et quelques mois après mon installation, une phrase sortit de chacun de mes clients et de mes collaborateurs : « vous êtes doué ». Et être doué n’est pas donné à tout le monde, non ? Et j’ai du mérite...

Et donc, grâce à des bons clients, et reconnaissant en plus, maintenant je peux m’offrir la maison de mes rêves. Exactement tout ce que je souhaite. Un grand « monument » avec des baies vitrés partout, un petit jardin verdoyant, des grandes pièces, et un mobilier bientôt acheté qui convient parfaitement à l’ensemble.

J’ai le sentiment d’avoir pris ma revanche. C’est ça la France : Faire d’un homme normal au départ un phénomène au fur et à mesure que l’avenir se dessine. Mais es-ce que l’inverse existe ? Voilà la question. Je peux tout perdre, alors autant faire ce qu’on a envie tant qu’on le peut...

En tout cas la scène est prête. Et avant que les acteurs arrivent, il faut l’éclairage, les machinistes, les décorateurs... Bref, tous ces hommes de l’ombre. La « première représentation » est dans plusieurs mois...

Surélévation de la zone

Sur le chantier, à peine commencé, le matériel se fait attendre. Robert Damirais est de plus en plus impatient. Ses ouvriers ont sorti leurs cartes depuis trop longtemps, et il est temps qu’ils se préparent au moins à travailler !

Cette maison représente beaucoup pour lui. C’est son monument, sa réussite qui va prendre forme. Il ne s’impose aucune limite et se moque du jour de l’année qui va englober son achèvement. Il veut juste qu’elle se fasse. Mais impossible de ne pas penser à l’agacement que lui provoque cet arrêt prématuré. Impossible de se dire que Robert Damirais ne veuille pas que la situation se débloque rapidement, impossible quand on est Damirais de ne pas être dégoûté dans le cas où il mourrai sans voir sa maison totalement construite. Il n’est pas près de mourir, mais la mort peut vous prendre plus vite que la nature...

Malgré la banalité de ce chantier, Damirais sent bien qu’une étrange atmosphère s’en dégage : Tout le monde le dévisage, avec une tête plus ou moins inexpressive, certaines sont même pleines de mépris. Il se demande à quoi rime ce jeu de regard. Sont-ils mécontents de travailler ensemble pour un seul homme, encore une fois ? Ou se cache t’il quelque chose de plus grave ? Du doute ? De mauvaises idées ? Damirais, comme vous et moi, n’en a aucune idée et retient cette volonté de savoir ce qui ne va pas. Il sait très bien que fouiner apporte des problèmes, et Damirais n’aime pas les problèmes et les imprévus.

Malgré son air d’homme à réussite lambda, la nature de Robert Damirais est tout ce qu’il y a de plus contradictoire. Personne ne le connait vraiment, et sûrement pas lui. Depuis qu’il a repris sa vie en main, il a pris le goût d’être une victime peu farouche (il sait qu’il en a bavé pour réussir, et sait que sa vie sera une longue souffrance récompensée), mais il prend également plaisir à torturer mentalement ses employés, pour qu’ils aient la même chance que lui. Il affectionne le danger car la peur l’a construit. Sans cette peur, il aurait été à 5 kilomètres de son affaire, là où l’on travaille à la chaîne et où l’on gagne le minimum vital pour soi, une femme et deux-trois enfants, loin du salaire qu’il touche aujourd’hui et donc de la maison dont il va bientôt (enfin il espère) être l’heureux propriétaire.. Mais même dans cet horizon, à cause de sa nature, Damirais aurait aimé ça plus que tout. En fait, Damirais aimerait avoir une infinité de vies pour tout tenter. Tenter tout ce qui fait mal.

La caractère de Damirais était si particulier qu’il ne siait à personne. Même pas à lui. En effet, Damirais voulait défendre bec et ongles, non pas l’âme, mais la paire de jambes et la paire de bras de l’ouvrier, même devant des flics peu emmerdés d’avoir affaire à quelqu’un comme lui. Car Damirais ne se souciait pas de l’homme ou de la femme, mais de la fonction de ceux-ci. Ainsi, même avec le retard, Damirais ne se contente que de se plaindre que le chemin n’est pas parfaitement plat, comme toujours, et du bordel administratif qu’une perte pourrait engendrer.

Ce matin, il n’allumera pas la télévision. Il regardera les dossiers de ses employés. Fatigué d’avance, il s’enferma donc dans son bureau

Il remarqua, loin des bilans financiers satisfaisants de son restaurent, un dossier, qui ferait pâlir de jalousie un greffier. Enfin un dossiers mince. Trente-deux feuilles. Les CV de chaque ouvrier, donnés à sa demande.

La seule catégorie qui attira son attention dans ces CV fut « Divers/Autres ». Chaque ouvrier avait son petit plus, sa particularité. Un écrivain amateur, un joueurs d’échecs professionnel et même un recordman du monde... de pinces à linge sur le visage. A sa grande déception, tous était juridiquement irréprochables. Juste une petite affaire de vol dans un supermarché de rien du tout pour le moins diplômé d’entre eux.

Malgré son amusement relatif, une chose attira pourtant son oeil : La formation. Tous assez bon au collège et au lycée, mais un plantage épique dans les études supérieures. Et tous du même coin, des mêmes établissement, à peu de choses. Tous du collège George Sand et un bon tiers au lycée La Fayette. Ces deux personnages parlèrent à Damirais. Parce qu’il avait lu un bouquin de Sand (Indiana, qu’il n’avait en fait pas lu, mais il voulait faire bonne impression) et parce qu’il adorait son prof d’histoire geo, passioné du personnage. Un Alsacien qui racontait tout le temps la petite histoire de l’Histoire au grand H, et faisait souvent des calembours bas.

Et, rapidement, midi sonna

Midi, c’est l’heure où tout le monde prend sa pause. La seule. La pause « tout » : Déjeuner, eau ou café thermos, clope,... Damirais en profita pour voir l’avancement des travaux. Et toujours cette atmosphère si pesante...

Bien sûr, ils n’ont commencé que hier, ce qui fait que Robert Damirais ne vit que des sacs de ciment, quelques poutres et un bazar indescriptible. Pourtant, les mains dans le dos, Damirais s’imagine déjà ce que cela donnera dans quelques mois. Cette maison, dans la banlieue, qui ne fait pas si tâche que ça, sous le soleil de juillet, piscine présente et clim’ à fond, ou en noble octobre, où les gouttes rebelles s’écraseront désespérément sur le double vitrage. Pour tout cela, Damirais peut remercier l’argent. Mais tout cela, ce n’est pas encore fait. Et même si, pour une raison X ou Y, ses ouvriers fichent le camp, tant pis. Son trône, il le construira lui-même. Ce n’en sera qu’encore plus le sien.

Damirais ne s’attarda pas et partit dans son bureau, espérant du fond du coeur le jour du déménagement, où il le rangera enfin.

(a suivre...)

Carrelage

Nuit difficile pour Robert Damirais. Il s’est levé 3-4 fois au milieu de la nuit, sans femme pour tenir au chaud. Sans enfant pour se satisfaire de pouvoir dormir sans pouvoir être réveillé par des quelconques bêtises ou caprices. Mais, comme tout un chacun, Robert Damirais à un réveil, qu’il déteste pour le bruit strident qu’il émet pour faire son boulot, stoppant net l’instant de délice qu’est le repos du guerrier. Mais aujourd’hui Damirais est d’accord pour quelques concessions et se réveille de bonne humeur. En effet, il sait bien que le soir même se déroule la grande réunion de début de chantier, une habitude de l’entreprise visant à motiver et à bien informer les ouvriers. Y sont conviés ces derniers, celui qui a commandé le chantier et le PDG de la société. On y parle habituellement nécessairement du chantier, avant de se jeter sur le buffet, comme un humain normalement constitué le ferait de nos jours. Cette envie arriva très vite à Damirais.

Le PDG arrivant plus tard que prévu, Damirais se présenta à chaque ouvrier, chacun sur leur 31 pour une soirée seulement, avant de reprendre les tuniques crasseuses le lendemain. Tous se révélèrent sympathiques mais il y avait toujours ce petit grain dans leur regard qui déstabilisait Damirais.

L’arrivée de Jean Claude Riquet, Président-Directeur Général de Riquet Chantiers, marqua le début de la partie la moins intéressante de la soirée, étant soporifique et légèrement lèche-cul. Celle qui dure le plus longtemps. Pendant le discours, Damirais se mit dans un état de stase qui lui est propre. Pas tout à fait endormi mais pas tout à fait attentif, restant quand même à l’affut d’une gaffe, un jeu de mots, ou même un lapsus, mais rien de vint lui satisfaire. Cet ennui fut largement comblé par le buffet, Damirais évitant l’alcool . Et, au milieu du festin, un employé lui glissa quelque chose dans son smoking. Une lettre.

Il ne prit le temps de la lire que le lendemain

« Monsieur Damirais,

Vous avez pour sûr vécu une ambiance assez étrange sur le chantier quand, à plusieurs reprises, vous l’avez visité. Tout le personnel de Riquet Chantiers vous prient l’excuser... »

Damirais ne put s’empêcher de sourire. Ce vocabulaire soutenu n’était que poudre aux yeux, et il ne changera rien à leurs pensées respectives. Il continua sa lecture matinale :

« Cela est dû à... »

Damirais trouva la lettre enfin intéressante. Il est friand des explications.

« à une triste vérité : Tous, nous vous avons connu par le passé. Nous sommes du même collège que vous (et pour certains du même lycée), dans des classes similaires ou non, et nous nous rappelons de la dure et triste épreuve que nous vous avons fait subir et nous sommes heureux que l’avenir ait pu vous combler. »

Damirais ne savait quoi penser. Allaient-ils une fois de plus l’arnaquer ou s’étaient-ils vraiment assagis ?

Il restait deux lignes, ce que Damirais espérait être la réponse à sa question...

« Travailler pour vous est un honneur,

Le Personnel. »

(à suivre)

Retour de matériel

Il est temps pour Robert Damirais de « S’abandonner dans les bras de Morphée » comme il aime le dire. Damirais se réveille selon son humeur,voilà pourquoi il n’a nul besoin de réveil à régler.Il se glisse dans ses draps et regarde sa toile tendue représentant la Voie Lactée en récitant quelques lignes de ses auteurs préférés jusqu’à temps de trouver le sommeil. Et ce soir, la dernière citation qu’il prononça fut « L’enfer, c’est les autres » de Sartre.

Damirais rêve souvent d’ utopies, où il rentre et sort toujours gagnant, ce genre de rêve que l’on affectionne à retrouver chaque soir et qui fait fuir le réel. Mais un rêve est un rêve et ne dure qu’une nuit, avant que la réalité ne vienne gifler l’homme ou la femme et en faire un robot, qu’il soit dominé ou dominant. Mais le rêve de ce soir a quelque chose de singulier, comme si c’était à la fois plus qu’un rêve et plus qu’une réalité...

Il se voyait dans la cour du collège. Il se souvient du moment précis. Les gens qui bougent, les coups de sang un peu partout et les mystères font d’une simple cour d’établissement scolaire un début de société presque mafieuse. Et ici, c’était en 6ème, la première ou deuxième semaine, quand Jules Priscou, surnommé « Le Landais » lui avait parlé pour la première fois.

Priscou était un gars particulier. Il aimait bien parler. Beaucoup, fort, et même de ce qui ne fallait pas. Priscou était une sorte de double-agent absolument passe-partout, avec qui chacun espionne ou est espionné. Tout le monde le savait bien mais, peut-être par tactique, on a continué jusqu’à la dernière année du collège de lui parler. Et le nombre de secrets dévoilés par sa personne, petits comme énormes, était tout simplement exorbitant. Bien sûr, le cas de Damirais, qui ne parlait à personne, était particulier. Priscou s’était « renseigné » à son sujet avec ses meilleures clientes qui sont les filles un peu bébêtes qui se retrouvent toujours à la sortie du self. Ces dernières ne firent aucun compliment, comme il pouvait s’y attendre. De plus, Priscou trouvait déjà Damirais un peu « paumé ».

Damirais, savant à qui il avait affaire, n’allait pas se faire avoir cette fois, et se prit au jeu de la fausse réalité alternative. Alors l’homme qu’il est aujourd’hui, en évitant les confusions d’époque, n’avait qu’un seul objectif : le faire taire. Car toute cette conversation, il s’en souvenait. Il avait en effet confié à Priscou ses difficultés et son intention de s’en sortir, et les plans qui allaient avec. Les autres prirent évidemment plaisir à les faire échouer.

Le discours était simple, mais la rhétorique était bien rôdée. Rien que par la façon de s’exprimer, et de toutes les techniques qu’il emploie, Priscou aurait fait un bon politique, maire ou plus haut placé encore. Et peut-être qu’il en est un d’ailleurs...

Un cynisme de base, restant quand même un peu désagréable, suffit pour déstabiliser le pauvre collégien. Mieux, Damirais l’attaqua à son tour. Pris à son propre jeu, le Landais. Puis la sonnerie vint, classant l’affaire.

A son réveil, Damirais y pensa encore, en ricanant de cette victoire factice. Ce serait plus facile, la vie, si on pouvait changer le passé...Damirais, s’habilla, prit un petit déjeuner fort copieux, et se dirigea vers le chantier

Il remarqua une femme qu’il n’avait jamais vu dans le quartier et qui lui avait une allure fort peu commune. Une touriste ? Non, ce n’est pas la saison et Damirais est bien placé pour le savoir. Un arrondissement qu’il ne connait pas ? Cela n’existe pas, Damirais les connait sur le bout des doigts, grâce à ses concurrents. La dame, d’une soixantaine d’années dynamique, promenait son chat. Mais cela parut bizarre à Damirais. Elle semblait faire les cent pas devant sa porte. Mais rien d’autre dans son attitude ne semblait vouloir clairement parler à Damirais. Il laissa tomber. De plus, elle décampa dès qu’il rentra dans sa voiture.Pourquoi y donner de l’importance ?

En venant sur le chantier, Damirais apprit qu’un certain Jules Priscou manquait à l’appel des ouvriers.

Damirais avait souri à cette coïncidence. Mais d’un rire plus jaune qu’a son réveil.
« Il s’est barré comme ça, se disait-il, je sais que les basques sont sanguins, mais Priscou est pas si lâche. C’était presque plus un parisien qu’un landais, d’ailleurs ! De plus, c’est sûrement un homonyme, ce serai trop louche qu’il soit si bas aujourd’hui ! (enfin, plus bas que moi !) »

Sa curiosité ayant prit le contrôle de son corps, Damirais demanda au reste de la troupe si ils avaient vu faiblir ce Priscou. Tous ne savaient que dire. Damirais accourut à son bureau pour consulter le dossier de Priscou. Il n’était plus là. Et des papiers brûlaient dans sa fausse cheminée, mais dans un vrai feu.

Damirais en oubliait presque son souffle. Son restaurant Le Souffle Mélodique

(la suite bientôt)

Manque du budget

« Le Michelin est sorti ! »

Tel fut le cri de joie de Damirais devant le petit livre fraîchement arrivé sur son bureau. A la vitesse de l’éclair, il feuilleta les pages avant de trouver son affaire. Encore un sans-faute.

L’année dernière, qu’il était content, qu’il était euphorique, voire fou quand il avait vu que son restaurant avait son maximum d’étoiles. Damirais sait pertinemment que le Michelin fait très bon écho des restaurants , que, pour la deuxième année consécutive, son personnel ne sera pas près de chômer et , qu’ils soient aisés ou pas, les clients vont affluer .

Car Robert Damirais s’était fait un nom dans le petit Paris gastronome. Mais ses affaires n’étaient pas non plus ahurissantes. On passait devant son restaurant comme si on avait honte, et son client-type regardait partout pour voir si quelqu’un les observait. Tous, sauf les critiques, qui savouraient, et tant qu’ils savourent, ils se taisent. Et, grâce à ça, Damirais sait qu’il a réussi sa vie. Vu sa future maison et ses étoiles, Paris et la province le sauraient également.

A travers une des fenêtres, la femme de l’autre jour le regardait encore, souriante.

La toile tendue de Robert Damirais lui rappela encore une fois ses étoiles. Il n’y avait que le chantier qui ne marchait pas vraiment tout droit. En se couchant, il zappa son petit rituel et s’endormit devant les constellations.

Encore un rêve. Encore dans cette maudite cour du collège George Sand. Avec Matthias. Un gros caïd dont la famille avait changé le nom de famille, on ne sait pourquoi. En tout cas, son nouveau nom était Maci. C’était un pourri gâté de première classe, arrivé en cours d’année de 5ème, mais devenu vite populaire car, se fondre dans la masse, c’était son truc. Les goûts, la gueule qu’il fallait.

Damirais savait bien qu’il mentait tout le temps. 115 kilos de mensonges et de belles paroles. Mais ce don, Damirais le lui devait. Maci disait souvent « Il faut mentir à soi même pour réussir » Et le pire, c’est qu’il avait raison.

Maci lui proposait d’aller à une conférence sur l’alimentation.Voyant la réaction de surprise de Damirais, il lui raconta qu’ il paraîtrait que tout le monde allait y aller pour « foutre le bordel façon sixty-eight », et que, de toutes façons, leurs parents les forçeronts. Damirais, savant le fin mot de l’histoire, sava nt qu’il était le seul demeuré du collège pour avoir été le seul venu le soir-même, déclina l’offre. De toutes façons, il était plus populaire que dans la réalité. Ce qui semblait être le soir-même, sa mère, qui le détestait et qu’il détestait car elle le détestait, lui fit la même suggestion, évidemment sans volonté de « foutre le bordel façon sixty-eight ». Même réponse. La mère se mit en colère et le traîna.

Toute la conférence fut animée par une infirmière pas franchement convaincue de son discours, qui se résumait à « Si vous nous désobéissez, vous deviendrez des monstres poilus et horripilants », et tout cela pour 1 heure. Dès les 5 premières minutes, Damirais s’aperçut que,en effet, il n’y avait personne du collège, mais que, même en rêve, son état de stase fonctionnait.

Une sorte de choc électrique, venu d’on ne sait où, le sortit de son demi-sommeil. A ce moment précis, il allaient passer un diaporama, rempli d’images aussi exagérées les unes que les autres, une sorte de propagande nationale comme on en fait aujourd’hui pour faire peur aux enfants.

Damirais se souvenait que ce diapo avait fait pleurer sa mère, elle était presque choquée.C’était la première fois de sa vie qu’il l’a vu pleurer. Il n’avait pas entendu l’infirmière de toute la conférence, et avait dit à sa mère « Ce serait mieux que tu sortes », sur quoi elle avait répondu « Ecoutes donc ! »

Mais là, Damirais savait qu’il avait fait une connerie. C’était en effet de l’indignation, de la colère que sa mère ressentait. Ca partait du même sentiment, mais c’était le refus de son fils qui avait fait pencher la balance. Désormais, elle lui lançait des piques du genre « C’est toi dans 10 ans » ou encore « Tiens, ça me rappelle quelqu’un... »

Damirais, même en adulte, en avait assez. Il courut vers la sortie. Sa mère, bien obligée pour ne pas passer pour irresponsable, le poursuivit dans toute la ville, dans la nuit.

Et Damirais pleura, et ça, beaucoup de gens auraient aimé voir ça.

Sauvé par le gong. Le réveil de 9 heures 08 le rassura. Mais seulement durant deux secondes. Il se rassura par lui-même que l’épisode Priscou n’était qu’une coincidence.. Mais il faut des preuves, et c’est pour cela que Damirais courut vérifier sa vie.

. Et tout s’écroula.

Pas de traces de son restaurant sur Wikipedia, ni dans le Michelin, qui avait disparu. Et quand il se rendit à son affaire, elle n’était plus là. Enfin, à la place, il y avait un grand salon de coiffure à la mode.. Il rentra. Les pièces, ils les reconnaissaient, par la forme, par les particularités. Tout pareil, sauf les murs, sans les tableaux et la peinture classe. Damirais chancela.

Il se réveilla 3 minutes plus tard, dans une ambulance.

Il aurait aimé mourir sur le moment quand l’ambulancier lui annonça :

« Vous en avez, de la chance, de pas avoir fait pire ! C’est vous qui faites le chantier, là haut ? C’est bizarre cette affaire des 3 mecs qui se sont barrés sans rien dire ce matin, vous savez pas ce qui s’est passé ? »

Arrangements

Avant la perte de son restaurant, Damirais se contrefichait de ce qu’il avait pu faire dans son passé. Maintenant que son présent s’écroule à petits feux, ils s’est décidé à reconstituer les évènements survenus à Sand et à Lamartine avtn d’aller consulter Delui. Il avait vu tous les ouvriers restants, un par un, pour lui rafraîchir la mémoire. Mais tous ne se souvenait que d’une seule et même chose : son impopularité. Mais Damirais, à la fin de chaque entretien, leur rappela une chose : que le chantier doit se finir. Il ne veut pas les engager dans sa chute.

Peut être Damirais est-il trop pessimiste, mais peut-être croit-il vraiment aux évènements récents. Mais se mettre dans la peau de Damirais est difficile pour tout un chacun...

Et donc, après son rendez-vous avec le psychologue, Damirais avait devant les yeux cette femme qui l’observait depuis le rêve du Landais.

« Ca vous dérange pas trop de m’espionner, vous ? » lança Damirais
« Ce n’est pas de l’espionnage, mais un constat »
« Un constat ? Bien sûr. Quelque soit le constat où la chose qui vous envoie, cela serait particulièrement sympathique de ma lâcher »
« Tant pis pour vous, car j’ai peut-être la réponse à ce qui vous arrive »
« Par quel diable savez-vous qu’il m’arrive quelque chose ? »
« Je vous connais depuis longtemps »
« Pour vous, trois jours, c’est longtemps ? »
« 3 jours, non. Un peu moins de trente ans, oui... »
« Trente ans ? Facile à dire, j’étais un gosse ! Tous les gens de plus de trente ans peuvent le dire ! »
« Et plus particulièrement Madame Labert, votre ancienne maitresse. »

Une révélation aussi grande et brusque ajoutée à ce cynisme contre le cynisme désorganisa complètement Damirais. Et voici qu’il se rappelle de cette maîtresse, arrivée au milieu de l’année de CP. Elle était toute jeune, comme la grande cousine de Damirais. Elle jouait de la guitare, faisait des fois ses cours, de musique comme de maths, et puis tous les autres, en chansons. Ce son mélodique... non, magnifique,( Damirais ne pouvait plus supporter ce mot). Et cette voix douce et charmante... Rajoutez sa beauté évidente, même actuelle et Damirais aurait pu, même gosse, la demander en mariage. De plus, toutes ces années demeuraient le seul symbole de joie de vivre restant à Damirais.

Mais, alors qu’il aurait aimé rester encore sur place, à rêver, madame Labert lui sortit la tête de l’eau :

« Je vous connaissait déjà plus que votre mère, qui n’est plus des nôtres depuis quelques années. Et dorénavant, je peut vous confier quelque chose »

« Dis, et ne me vouvoie pas, je n’en vaut pas la peine »

« J’étais derrière la grille quand tu est rentré au collège. Oui, le premier jour. J’entendais les mères, ou les pères, inquiets devenir soudainement moqueurs. Tu état « mal fagoté », comme ils disaient. Ils observaient leurs enfants et leurs réactions face à toi, toutes empreintes d’un rire mal dissimulé. Ta première impression était catastrophique, tu accumulait les maladresses. Je savait qu’il allait se passer quelque chose de grave. Et c’est arrivé. Je vous regardais tous les jours, derrière cette même grille. Tu as fait un malaise en attendant le car, on a jamais su pourquoi. Aucun des désormais « ouvriers » n’ont vu cela. Mais ils ont brulé des casiers dans la soirée, pour faire les rebelles. Et ils ont pris comme départ là où tu avait laissé un peu de sang en tombant, c’était le symbole de leur domination. Il y ont tous assistés. Après, es ce que cela veut vraiment dire quelque chose pour toi ? Moi, je ne suis...Robert ? »

Damirais, se sentait maudit. Et seul un malaise lui avait sorti cette idée de la tête.

Annulation

Robert Damirais était en train de tout perdre, si ce n’etait déjà fait. Même sa santé le lâchait, même son corps voulait le laisser orphelin. Dans sa chambre, tout était fait pour qu’il ne lâche pas. Mais son moral restait le même : à l’agonie. Jamais il ne s’est déjà senti aussi mal qu’après cette gloire. Et elle était grande. Elle l’avait mené haut, très haut, mais la chute n’en était que plus sanglante.

Durant cette journée dans ce « bagne blanc », il eut plusieurs visites. Et pas des plus rassurantes. D’abord, l’infirmier, lui annonçant qu’il devait prendre ses malaises au sérieux, car ils étaient de plus en plus fréquents. Ils allaient « jouer la revanche , voire la belle », ce qui était soit-disant suffisant pour le garder 2-3 jours Puis, son banquier, autrefois si heureux d’avoir un tel client, mais aujourd’hui assez hostile, était venu . Il avait changé du tout au tout. Ce que Damirais retint de cette conversation, c’est que la perte de son restaurant (que le banquier ne pouvait pas soupçonner, ni croire) l’avait mit dans une belle mouise financière, logique, car tout son beurre avait sur le coup disparu, avec le Souffle. Riquet, ensuite, vint à son chevet, juste pour quelques détails par rapport au chantier. Puis, enfin, voici Madame Labert.

« Ne m’interrompt pas, Robert. Je sais que c’est dur pour toi, tout cela d’un coup, mais...En changeant ton passé, tu changes tout. Ton présent, ton futur, toi-même ! Tu deviens plus fragile, plus gentil, plus humain, mais tout cela te fait tourner la tête, tu n’es plus lucide. Tu t’es tiré une balle dans le pied. Tu sais qu’il y a des idées qui viennent d’on ne sait où ? Ton restaurant en était une. Et tu a changé la réalité, ce qui a fait que cette idée ne t’es en fait jamais parvenue. Conséquence : toi qui croyait les dominer, tu es devenu leur victime. Il y a quelques années, ils se sont moqués, pas de toi mais de ton âme, et quelqu’un a, semble t-il, reçu le message en différé. Et crois-moi que, même si mon comportement et mes paroles paraissent suspects, je ne fait que savoir, et, à partir d’ici, je ne sait plus rien »

Deux heures plus tard, Jean-Claude Riquet changea intégralement l’équipe du chantier, à la demande de Damirais. Tout allait finir. Damirais se voyait dans sa maison, y vivant en grand célibataire jusqu’à la fin de ses jours, qu’il passera vieux, con et abandonné. Tant pis.

L’infirmier réapparut trop vite, prétextant un test pour voir la réaction de son corps au repos à l’aide de choses compliquées. Ce test consistait à le maintenir dans un sommeil artificiel pour une bonne dizaine de minutes.

Il lui mit un masque sur la bouche et lui demanda de compter de 10 à 0.

10,9,8,7,6......,5............

Révolution

Un jour, il s’était passé un événement grave au lycée Lamartine. Damirais l’avait bizarrement sous estimé à l’instant où on lui avait appris. Puis, il fut choqué dans son âme de longues heures plus tard. C’était un meurtre. Une fille un peu bébête morte noyée. Il avait été, pour faire bonne figure, à son enterrement. Et, au fil du cérémonial, il avait été touché par ce sort. Ce sort sans aucun nom à mettre dessus.

Il se rappelle : il avait fugué, pour fuir sa mère, comme toujours. 13 heures 53. On était sûrement dimanche. C’était visiblement le jour du meurtre. Ou du suicide, si les enquêteurs exaspérés par un weekend tronqué avaient baissés la garde.

Il était dans un buisson, et il avait donc vu ce qui semblait être cette fille. Elle était assise, près d’un étang, avec son petit copain. Elle avait un look bizarre, comme une hippie nostalgique qui ne comptait plus les années. Une fille avec un look pareil, il n’y en avait qu’une . La soeur de Robert Damirais.

Sa mère le lui avait donc caché, lui qui croyait qu’elle était partie s’installer avec son copain et ne voulait plus entendre parler de la famille ! Une preuve de plus que son enfance n’était que larmes et domination. Damirais n’osa rien faire, se contenta d’observer. Qui sait ce qu’il peut se passer dans le réel ?

Les amoureux s’embrassèrent. Mais quelque chose, on ne sait quoi, arrêta net le mec. Ils parlèrent. Il y avait de temps en temps des gestes amples. Scène de ménage classique. Sauf que la force de la claque du petit-ami vers sa dulcinée renversa cette dernière. Le mec profita de sa demi-conscience pour la traîner vers le lac. Damirais eut alors un réflexe d’une demi-seconde, un pas en avant qu’il arrêta immédiatement, par peur de faire une connerie, une autre. Voyant le buisson bouger, le mec se barra. Robert avait sauvé sa soeur

Le rêve fini, avant même d’ouvrir les yeux, Damirais avait peur. Peur de se retrouver autre part que dans l’hôpital.
Il ouvrit brusquement les yeux, comme pour se surprendre.

Mise en place de la république

Ses craintes se confirmèrent. Il était dans une caravane. Vite, dehors. Encore plus grave. Une maison en construction. Mais pas la sienne. La pancarte informative indiquait une maison écologique, un de ces trucs en forme d’ovni, un de ces trucs qui devient à la mode.
Il y avait une feuille récapitulative dans un coin. Damirais la lut. Le commanditaire s’appelait Maci. Il n’avait pas fait grand-chose d’extraordinaire, c’était un homme comme les autres, avec une femme, mais pas d’enfants, qui avait économisé pour avoir son domicile. Il bossait dans une joaillerie, pas à un haut niveau. En avait-il marre de tout ce luxe ?

Quand à Damirais, il avait une mallette et un bleu de travail. Il était ouvrier.

Durant les mois qui suivirent, Robert Damirais travailla dur., sur des choses qu’il avait étrangement maîtrisées. Maci venait de temps en temps, l’oeil bienveillant. Toujours le même sourire.

Deux ans plus tard, Robert Damirais refit sa vie de A à Z. Il travaillait dans le monde de la télévision. La France entière connaissait ses collègues. Il était fier d’avoir son nom au générique d’une émission, ou qu’il soit cité quelques fois par des animateurs reconnaissants, quelque soit le contexte ou la place. Damirais avait gagné son petit respect, et non gardé son grand égoïsme. Il profita d’un reportage pour revoir sa soeur, qui l’attendait à Ankara depuis deux années et une lettre.

Il ne se rendormit plus jamais. Qui sait si sa vie d’avant était elle-même un rêve ?

FIN

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Cette nouvelle a été mise à jour le jeudi 10 octobre 2013

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