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Le cadavre exquis boira le vin nouveau

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Note des lecteurs

Louis ou la tendresse d’une

Youpala

Texte initié le jeudi 6 août 2009

Boucher à La Villette, il n’a pas l’air comme ça, avec son mètre quatre-vingt et ses 140 kilos, mais Louis, c’est un tendre, comme la viande qu’il débite du lundi au vendredi.

Louis, il est plutôt beau gosse, la trentaine, un oeil bleu, un autre vert, il dit qu’il a dans le regard la douceur des pâturages et la limpidité d’un ciel d’été. Louis est poête à ses heures. Ses cheveux fins, bouclés et dorés comme un champ de blé cascadent jusqu’à ses reins. Il en est fier, mais il doit les cacher sous une affreuse charlotte blanche pendant ses heures de travail et il en souffre.

Son métier, il ne l’a pas choisi, il le subit. Issu d’une famille très modeste de la Creuse profonde, il dût quitter les bancs de l’école à 14 ans, faute d’argent.

Il monta à Paris. Hébergé par une vieille tante, il se mit en quête d’un travail et très vite il décrocha ce job qu’il considéra malgré tout comme une énorme chance, après avoir mangé son pain noir, il allait enfin goûter au pain blanc en se taillant des steaks du matin au soir.

Des femmes, il en a connues, mais aucune n’a su le retenir. Des amis sur qu’il il peut compter, il en a sans compter ! Mais son truc à lui, son évasion, son dada, ce ne sont pas les femmes, non, pas les amis non plus, son trip, c’est le samedi soir quand il revêt...


son tutu de petit rat d’opéra. Un délicieux tutu, rose praline, qu’il enfile sur son juste au corps sans manche qui laisse ses gros bras velus apparaître dans toute leur splendeur, égale à celle de ses jambes laissées à l’air libre, semblables à d’impressionnants jambons de Bayonne envahis par une pilosité suspecte.
Il a depuis longtemps renoncé aux collants qui lui tenaient trop chaud et c’est tellement plus sexy ainsi. Les chaussons maintenant : un petit quarante six fillette dégotté, non sans mal, sur Internet.

Il rejette la tête en arrière, passe une main languissante dans sa somptueuse chevelure et l’image que lui renvoie le miroir le remplit d’aise.

A lui, la soirée...



Vers 19h30, l’interphone de son duplex fait entendre un "zoin zoin" prometteur. C’a y est, c’est pour ce soir, c’est pour de suite. Louis contemple à nouveau son reflet mais déjà son esprit est ailleurs. Il court vers l’interphone, décroche et lache : "troisième, porte droite". Ses sens sont en ébulition, ses mains deviennent moites. Louis pense qu’il a oublié quelque chose. Rapidement, il fait un tour d’horizon mais sa vue se trouble, le désir l’envahit. Non, tant pis ! on verra bien ! Au bout d’un certain temps, qui paru encore plus long à Louis, la sonette retentie. "Trrrez" lance Louis. La poignée se tourne et c’est son ami Jemmi-Dan qui apparait. Jemmi-Dan Mévaloch’est poissonnier-écailleur d’origine bretonne. Il travaille pour le grossiste en poissons, voisin de l’abattoir où turbine Louis. Dès le jour où les deux jeunes hommes se sont croisés il ont tout de suite su qu’ils avaient un bout de chemin à parcourir ensemble. Le poissonnier entre donc et...



Louis comprend qu’on vient de lui torpiller sa soirée et son histoire par la même occasion.

Jemmi-Dan ? Allons donc ! Bien sûr qu’il lui est arrivé de faire un bout de chemin avec lui, façon de bavarder un peu en marchant à la sortie du travail, mais pour autant il était bien loin de s’attendre à le voir se présenter chez lui.

De toutes les façons, sa sortie hebdomadaire au bal masqué chez Marguerite est sacrée, pas le temps de se perdre en explications qu’il n’a pas envie de fournir du reste. Marguerite a déjà dû revêtir son costume, toujours le même et doit l’attendre au milieu des autres invités, ses jolies cornes luisantes les dépassant d’une tête.



Il essaya tout de même de faire bonne figure et te ne pas trop montrer son impatience. Il fallait quand même être juste, Jimmi-Dan n’hésitait jamais à lui échanger un rognon contre une douzaine de sardines au risque de perdre son emploi si son patron le prenait en train de chaparder de la marchandise.

"Oh, salut Jimmi, ça faisait un bail... que me vaut ta visite ? Si tu veux je te donne un rognon, une cervelle, une côte de boeuf, regarde dans le congélo là, il est à côté du lit, prends ce qui t’intéresse, mais là tu vois, tu tombes mal, je m’apprêtais à sortir et je suis déjà à la bourre, alors si..."

"Tu vas quand même pas sortir comme ça ?!" le coupa Jimmi.

"Ben, si, depuis quand ça te gêne que je sorte en tutu ? C’est la couleur qui te choque ? J’en avais un peu marre de mon tutu blanc, c’était trop salissant et puis zut, je peux bien me faire plaisir de temps en temps !"

"Non, c’est pas ça mon Loulou, mais quand même, tu aurais pu de faire faire le maillot, c’est pas terrible tous ces poils qui dépassent. Les jambes, passe, mais franchement là, c’est un tue-l’amour !"

"Ecoute Jiji, je t’aime bien, mais j’ai vraiment pas l’temps, de toute façon je n’y vais pas pour draguer, mais pour faire quelques entrechats chez Marguerite, alors si tu veux bien m’excuser, faut j’y aille, prends ce que tu veux et claque bien la porte en sortant".

"Pfff, des entrechats, avec les poils qui dépassent, ça va être joli tiens ! Et puis, je ne venais pas chercher de la bidoche, je voulais juste te proposer..."



de venir faire une partie de tarots chez Dédé mais bon, je vois que je tombe mal".

"Demande-lui si on peut la faire demain soir. Pardonne-moi, Ji, mais je vais être en retard."

Et, attrapant au passage un long imperméable suspendu au porte-manteau de l’entrée spécialement réservé à ses sorties chez Marguerite, il emmena dans son sillage son ami qu’il abandonna sur le trottoir.

Sa voiture l’attendait au pied de l’immeuble et il s’y engouffra tout en regardant sa montre. Il aurait bien une demi-heure de retard, il ne fallait pas se faire d’illusions et impossible de prévenir Marguerite : elle n’avait pas le téléphone. C’était curieux du reste mais elle ne voulait pas entendre parler de cet objet diabolique qui se permet de venir vous sonner tel un domestique, chez vous, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.

Arrivé enfin à destination, il se jeta un coup d’oeil dans le rétroviseur histoire d’ajuster sa chevelure, de relever d’un geste expert ses longs cils qu’il avait légèrement enduits de mascara doré et prit une longue inspiration avant de sonner à la porte.

Il entendait la musique qui parvenait à franchir les murs épais de la maison s’étonnant que les doubles-vitrages la laissent ainsi filtrer mais levant les yeux,
il vit une des fenêtres du premier étage entr’ouverte et...



dépassant, ce qui semblait être le bout du canon d’un fusil à lunette.

Il se jeta contre la porte et son importante masse fit le nécessaire pour la pulvériser.

Pendant sa chute, le son surpuissant de la sono, la chaleur intense de la salle, l’odeur d’alcool et de tabac lui donnèrent un instant le réconfort d’une situation familière.

Il se releva et hurla à l’assistance : "il y’a un fou armé au premier !" - "J’ai échappé de justesse à la mort" - "appelez le GIGN !"

Un vent de folie souffla dans la salle, les tutus volèrent tels des plumes dans un poulailler en proie à un prédateur. La musique s’arrêta net et Marguerite essaya de calmer tout le monde : "Louis, qu’as-tu exactement vu ?"

Essoufflé et tremblant, Louis répondit : "Au premier, il y’a un type avec un fusil qui attend les convives, j’ai vu le bout du canon et le reflet du réverbère dans la lunette du viseur"

Marguerite étonnée répliqua : "Calme-toi, on a pas le téléphone ici et la seule et unique issue est la porte d’entrée. Je propose donc que nous descendions tous à la cave" dit-elle en envoyant valser du pied un tapis Ikéa qui trainait sur le plancher, laissant apparaître une trappe.

Louis s’approcha de la trappe et elle lui rappela celle du film d’horreur "Evil Dead"...mauvais présage... mais pas le temps d’attendre, surtout que la trentaine de personnes avaient déjà fait son choix en se massant impatiemment autour de la trappe.

Marguerite déverrouilla le panneau et le souleva. La lumière de la boule à facettes qui continuait de danser sur son axe éclaira un vieil escalier en bois dont la fin disparaissait dans la noirceur abyssale de cette cave.

Ils se précipitèrent tous à l’intérieur dans un vacarme absolu de pas ponctués par d’énormes chutes en cascade.
Marguerite entra la dernière et rejoignit les invités après avoir pris le soin de refermer le panneau et d’allumer la seule et unique ampoule qui pendait à son fil du plafond.

Ils étaient tous là, regroupés au centre, sous l’ampoule qui éclairait les volutes de la terre battue soulevée par cette intrusion apocalyptique. Ils avaient tous les yeux grand ouverts et la respiration haletante.

Louis ne put contenir une flatulence longue et sonore qui renforcée d’une flagrance très particulière permit, très rapidement, une bien meilleure gestion de l’occupation de cette immense pièce à l’éclairage largement sous-dimensionné.



Marguerite et Louis se retrouvèrent seuls au centre de la pièce, tandis que les autres pintades s’étaient réfugiées le long du mur, en piaillant et se pinçant le nez, l’air indigné voire courroucé.

Cela eut néanmoins le mérite de leur faire baisser un instant l’adrénaline.

Marguerite était restée auprès de Louis car depuis deux jours elle se tapait un rhume carabiné qui lui ôtait l’odorat et lui bouchait les oreilles qu’elle avait d’ailleurs protégées avec des boules de coton bleu.

Cependant, un raclement venant du premier étage les fit revenir à la réalité et leurs tremblements et claquages de dents reprirent de plus belle.

Pour se donner du courage, Louis se mit à entonner « Comme un garçon j’ai les cheveux longs, comme un garçon. » et Marguerite enchaîna avec « Je suis un homme, je suis un homme, quoi de plus naturel en somme. » et se fût la révélation : ils se regardèrent dans les yeux et comprirent, après toutes ses années de camaraderie, de belle amitié, qu’ils étaient fait l’un pour l’autre.

De nouveau interrompus dans leur frousse, les bécasses les regardaient, attendries, la larme à l’oeil et se mirent à applaudirent à tout rompre les tourtereaux qui déjà s’en roulaient une.

Pendant ce temps, au premier étage.



l’invité surprise au fusil à lunettes était en proie à un énorme fou-rire et voulait laisser passer encore un peu de temps avant d’aller retrouver la bande réfugiée dans la cave.

Raoul, il s’appelait Raoul, qui avait eu les boules de n’être pas invité à la soirée de Marguerite comme à l’ordinaire, avait eu l’idée de leur faire cette farce discutable pour se rappeler à leur bon souvenir.

Il ôta le bas nylon dont il s’était recouvert le visage, replia le fusil à lunettes factice qu’il remit dans son étui et tout en sifflotant joyeusement s’apprêtait à rejoindre ses amis au sous-sol quand soudain...



"Sortez, les mains en l’air, la maison est encerclée,vous ne pourrez pas vous échapper. Ne faites pas d’histoire, sortez immédiatement !"

Raoûl blémit, ces cons, ils avaient appelé le GIGN ! OK cette grosse vache de Marguerite n’avait pas le téléphone, mais quelqu’un avait dû appeler de son mobile.

Tremblant des pieds à la tête, il leva les bras et se montra à la fenêtre. A sa grande surprise, il ne vit personne, pas une voiture, pas un gyrophare, pas de mecs cagoulés. Où pouvaient-ils bien se trouver ? Etaient-il déjà en planque dans chaque recoin de la maison ?

Il fût pris d’une telle panique qu’il en fit dans son froc, au sens propre (enfin, au sens sale serait plus approprié). Bon sang, la honte en plus l’envahissait. Tout ça pour une blague à deux balles, pour une petite vexation de rien du tout.

Il entendit le parquet craquer...



se retourna, pas fier du tout, et il vit deux Père-Noël, taillés comme des armoires à glace, qui déboulaient dans la pièce.

"Ils sont où, les joyeux lurons ?"

Et comme un seul homme il se mirent à hurler comme des furieux : "Louiiiiiiiiiiiiiiis !!!! Margueriiiiiiiiiiiiiite !!!"

Raoul, abasourdi, regardaient ces énergumènes dont l’un avait la barbe attachée de traviole et l’autre la chasuble trop courte sur des pantalons à patte d’ef qui dépassaient, et comme il commençait (à tort) à se rassurer, le plus baraqué de ces deux colosses...



montra à son collègue sur-dimensionné le pantalon trempé de Raoul. Ces personne furent pris d’une crise de fou rire aussi grande qu’était leur corpulence et commencèrent à se tenir l’estomac d’une façon assez comique.
Raoul tout penaud de se faire ainsi ridiculisé, baissa la tête et courut vers une sortie qui lui semblait plus lointaine que jamais, touchant la poignée....



Il entendit alors les voix de Marguerite et Louis qui avaient fini par sortir de la cave après avoir entendu les vociférations des derniers arrivés et s’apprêtaient à remonter pour les rejoindre.

A peine étaient-ils entrés qu’ils se trouvèrent soulevés tous les deux par nos deux inquiétants visiteurs qui les serrèrent dans leurs bras tout en se livrant à force effusions qui laissèrent l’ami Raoul incrédule.

...



"Alors ! Comme ça, on fait des cochoncetés au sous-sol ? Y a vraiment plus de manières, ça, y a pas !" beuglait pattes d’ef tout en écrabouillant la plantureuse Marguerite entre ses bras velus.
Le second voulant faire tourbillonner Louis comme une vielle chiffe molle, glissa sur la traînée laissée par le pauv’ Raoûl à l’humour décapant, et tout le monde se retrouva à terre en un rien de temps.

"Oh mais c’est quoi ce truc dégueu ?" dit le second lourdeau, pendant que la porte d’entrée se refermait sur un Raoul tout vert de rage.


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