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Le cadavre exquis boira le vin nouveau

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Note des lecteurs
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Obsidienne

nass

mardi 8 novembre 2016

Un soleil implacable sur son visage la réveilla brutalement. Son corps brûlant était tout endolori. Elle essaya de se redresser tant bien que mal en clignant des yeux pour discerner ce qui l’entourait.
Un désert, ou ce qui y ressemblait, s’étendait à perte de vue, un no man’s land désolant, qui, si ce n’était l’accablante chaleur, lui aurait fait froid dans le dos.
Elle se retourna douloureusement en espérant découvrir un semblant de vie.
Rien ! le vide tout autour d’elle, pas la moindre plante, pas l’ombre d’un insecte, nulle âme qui vive !
Le brusque changement de position la fit chanceler, un martèlement incessant dans sa tête empêchait la moindre réflexion claire. Hagarde, elle essayait de comprendre ce qui lui arrivait, ce qu’elle faisait là, et, par dessus tout : qui elle était ? Des questions qui tambourinaient entre ses tempes qu’elle serrait désespérément entre ses mains en songeant qu’elle allait sûrement mourir là, comme seule au monde.
Mais dans un brusque instinct de survie, elle se dit qu’elle devait bouger, partir au plus vite pour essayer de s’abriter de ces rayons assassins. La Terre n’était tout de même pas devenue tout à coup un immense désert ? Pour le savoir, il n’y avait qu’une solution : partir !
En fermant les yeux, elle rassembla son peu de forces, pour se retrouver d’abord à quatre pattes, les membres vacillants, puis au prix d’un effort exténuant, essoufflée, elle se retrouva debout , le dos peut-être courbé, mais debout !
"Vivante" se dit-elle, comme si l’évocation de ce mot venait lui confirmer qu’elle existait encore et lui donnait une lueur d’espoir, une étincelle de vie.
En se redressant, et s’assurant qu’elle tenait bien sur ses jambes, elle eut l’idée d’examiner ses vêtements et voir si par un heureux hasard se trouvait sur elle un élément qui pouvait la renseigner sur sa pauvre personne. Mais, rien dans les poches de son jean, et son blouson, de la même toile, était aussi vide....
Ah , pourtant...? « cette poche à l’intérieur...il y a quelques chose de coincé", se dit-elle, avec espoir. Elle en sortit en effet un petit bout de papier froissé et déchiré. Désappointée, elle tenta de déchiffrer les quelques mots encore lisibles qu’il restait d’un texte vraisemblablement effacé. "...obsidienne.....retrouver....Oeil céleste.....secret..." Ses yeux éblouis par le soleil ne distinguaient rien de plus sur ce misérable papier parchemin semblant venir d’un autre temps.

"Je suis bien avancée avec ça ! ça ne rime à rien !" pensa-t-elle tristement en enfouissant machinalement le document dans sa poche.
Une soif de plus en plus intolérable lui rappela qu’il fallait qu’elle quitte cet endroit au plus vite.
Elle mit son blouson sur sa tête en guise de chapeau et partit au hasard en se fiant à sa bonne étoile...pour peu qu’elle existe !....
Et elle marcha, marcha longtemps ainsi sans trouver âme qui vive. Son corps épuisé à l’extrême la portait encore cependant comme si une force surnaturelle la maintenait debout. Mais jusqu’à quand pourrait-elle tenir, sous ce soleil impitoyable et assoiffée à en mourir ?

Sa bonne étoile, si elle existait, devait dormir, sous d’autres cieux, bien au frais....
Elle continua tout de même sa douloureuse marche en essayant de détourner ses pensées de cette soif insupportable, mais malgré toute sa bonne volonté, son envie de boire était trop forte et les mots « eau fraîche » résonnaient inlassablement dans sa tête comme une litanie obsessionnelle. Un instant, elle crut même voir un diablotin danser en riant devant elle, et, en la narguant, déverser sans compter le fluide vital d’une cruche affriolante.
Un accès de folie ajouté à un élan de survie inattendu la fit bondir sur le diablotin pour attraper le précieux récipient ...mais mirage, hallucination ou diablerie ? Point d’eau et de cruche en vérité ! et elle tomba de tout son pauvre corps disloqué sur le sol inculte, anéantie, s’offrant déjà à une mort inéluctable.

* * * * * *
C’est dans une douce lumière apaisante, cette fois-ci, qu’elle ouvrit lentement les yeux. Elle ne reconnaissait rien de cet endroit mais tout lui semblait pourtant familier, chaleureux et si réconfortant. Elle se sentait comme enveloppée dans un halo de paix et d’amour...la plénitude même !

Elle était allongée dans un lit douillet et accueillant, aussi moelleux qu’un immense morceau de coton « on dirait un nuage, pensa-t-elle, je suis peut-être au ciel ? »
Au pied de son lit apparut alors un être gracieux comme elle n’en avait jamais vu, à part sans doute, dans ses quelques rares rêves merveilleux, un être fantastique incarnant à la fois une femme éblouissante, un ange auréolé de lumière, une nymphe fabuleuse.

Devant son regard incrédule, la créature d’une voix cristalline et mélodieuse lui dit :
« Tout va bien, ne t’inquiète pas. Je suis là. »
« Mais...qui...êtes-vous ? Où suis-je ? »
Esquissant un petit sourire, la voix très douce lui répondit :
« Tu ne me reconnais donc pas ? Pourtant, je n’ai jamais été très loin de toi même si je t’ai entendu souvent douter de mon existence... »
« Je ne comprends pas...j’étais seule, perdue et je mourais de soif dans cet endroit désertique, il n’y avait personne .. »
« N’as-tu pas pensé quelques fois te fier à ta « bonne étoile » ? »
« Oui, mais...heu...c’est juste une expression ! »
« Eh bien soit, si tu veux je suis une « expression » !
« Sérieusement...vous... êtes... ma « bonne étoile » ?
« Eh bien oui, du moins j’essaye, mais je dois t’avouer que ce n’est pas toujours très facile avec toi, avec ton sacré caractère ! »

Interloquée, Elle regardait cette femme lumineuse qui indubitablement irradiait comme une véritable étoile, sans l’ombre d’un doute ! 
« Connaissez-vous mon nom ? Où sommes-nous ? Qui suis-je ? Que... »
« Oh là, doucement, doucement ! je vais tout t’expliquer mais cela n’est pas vraiment simple, du moins pas dans ton cas présent. En fait, tu viens de traverser une période pour le moins agitée qui a entravé un peu le cours de ta vie jusqu’alors plutôt calme, du moins dans la moyenne, si je puis dire.... »

Tout en disant ces mots avec un sourire apaisant, la femme lumière lui servit de l’eau fraîche. La vue de cet élément limpide qui coulait lentement dans son verre, lui raviva quelques images douloureuses de sa mémoire embrumée. Tout en buvant ce breuvage si simple pour le commun des mortels, mais pour elle comme un doux nectar divin, elle ferma les yeux pour essayer de maintenir les images qui affluaient en elle, comme lorsqu’on se réveille d’un rêve, bon ou mauvais, et que l’on veut s’en remémorer tous les instants avec plus de netteté.

….Quelle pagaille ! Une sorte de désert, le soleil impitoyable, une chaleur infernale, une course effroyable pour se sauver...mais de qui ? De quoi ? et...ces quelques mots sur un bout de papier déchiré...mais au fait, où était-il passé ? Elle portait à présent une tunique blanche en tissu très léger, comme elle aimait revêtir dans ces pays chauds pour déambuler à l’ombre d’un grand chapeau en visitant des lieux magnifiques...tiens ?!.. au moins, elle avait un passé dont une bribe au moins semblait vouloir refaire surface ?

« Ne bois pas si goulûment, lui dit en riant son « étoile », ne t’en fais pas l’eau coule encore à volonté ici ! Encore une fois, ne t’inquiète plus de rien !... »

« Pourtant ce désert ? Je... »

« Quel désert ? ? »

 « Mais.....Vous ne m’avez pas trouvée dans le désert, terriblement assoiffée et à bout de forces ? »

« Je t’ai trouvée effectivement, à bout de forces, assoiffée, ça je viens de m’en rendre compte, mais dans le désert....non ! 
Ne me regarde pas ainsi. Je sais ce que je dis et toi non plus, tu n’as pas perdu la raison ! Il faut seulement que tu comprennes ceci :
L’imaginaire et le réel ne sont pas aussi éloignés que l’on croit. Il suffit de peu pour franchir la faible limite qui semble les séparer. Si tu pensais être dans un désert, c’est que ton imagination- peut-être parce que tu te sentais extrêmement seule à cet instant là- t’y avait transportée et tout te semblait réel jusqu’à cette soif et la chaleur insupportables. Si tu te vois dans une ville grouillante de monde et de bruits, tu peux t’y retrouves aussitôt perdue et désorientée par l’agitation qui y règne, la circulation folle, la foule robotique arpentant les gris trottoirs, ou tu peux bien au contraire t’y sentir bien à l’aise, entourée et heureuse des découvertes que tu y fais.
Tu peux être n’importe où par la seule force de ton esprit, par ce ce que tu ressens à un moment précis, par un événement ou une forte émotion qui vient de t’arriver et qui peut provoquer cette sensation d’être « ailleurs ».

« Mais c’est de la pure folie, tout ça ! »

« Non je t’assure. Tout le monde vit ainsi, mais peu de gens ont le pouvoir de s’en rendre compte, et cela ne les affecte pas trop finalement surtout si leur parcours de vie est plutôt linéaire , commun, sans grande embûche, et encore plus si eux-mêmes ne se posent aucune question sur leur propre existence et, qui plus est, sur l’univers et tout ce qui les entoure. »

Tiens, un exemple tout simple que tout le monde connait cependant : quand tu fais un rêve, tu as l’impression d’évoluer dans divers endroits, voir des personnes, bizarres ou non, les croiser, agir avec ou sans elles, être au bout du monde ou même sur une autre planète ... alors que tu es tout bonnement dans ton lit en plein sommeil. Cependant, tu penses être dans la réalité alors que ce n’est qu’une certaine réalité parmi tant d’autres. Eh bien c’est à peu près ce qui t’arrive dans ton quotidien. »

« Je suis complètement déboussolée !...... Et je ne sais toujours pas comment je m’appelle ! »

La bonne étoile, tout en lui caressant tendrement le front, lui dit : « Tu te prénommes Nedjma. C’est le titre d’un roman. Ce prénom avait bien plu à ta maman,.tout comme le livre et l’écrivain, Il signifie « étoile » en langue arabe. Tu as toujours été la belle étoile de tes parents et en quelque sorte une étoile brillante pour de nombreuses personnes qui ont croisé ton chemin. Tu vois : nous sommes toutes deux des étoiles !

« Merci pour ces réponses. Mais peux-tu me dire ce que je fais là et où se trouvent les miens si j’ai réellement une famille ? C’est désespérant, murmura t-elle dans un sanglot, je suis sans mémoire !

« Ne t’inquiète pas. Je suis là et je vais t’aider à retrouver ta mémoire qui du reste n’est pas perdue mais juste restée...heu... « ailleurs » ! Laisse moi le temps de t’expliquer, voilà tout. »

Restée jusque là, les sourcils froncés, essayant de scruter le moindre souvenir récurrent, aucun rappel de visage, aucune voix, aucune « re-connaisance » ne lui apparaissaient, comme si elle était au premier jour de sa vie.

En écoutant les paroles de « son étoile », la jeune femme allait d’étonnement en étonnement et comprenait avec peine ce que tout cela signifiait mais au fond d’elle même, elle savait qu’elle pouvait lui faire confiance et se laissa aller paisiblement sur sa couchette pour écouter la gracieuse voix.

« Nedjma, tu as toujours été très courageuse, opiniâtre, éprise de justice à en risquer ta vie. Tu as aussi toujours chercher à comprendre les choses, curieuse de tout ce qui t’entourait. Tu aurais voulu un monde juste où chaque être puisse avoir les mêmes droits, les mêmes possibilités, les mêmes chances face à la vie. Tu étais très idéaliste oui mais très fragile et ultra-sensible. Ce n’est peut être pas incompatible en soi, mais en l’occurrence chez toi, cela a engendré quelques problèmes.
Je vais essayer de passer sur tous ces détails et ceux de ton enfance, ta jeunesse....tout cela te reviendra en son temps.

Un jour où tu étais particulièrement très mal moralement, on te conseilla de consulter un spécialiste. Après plusieurs rencontres infructueuses, tu as fini par croiser le chemin d’une psy qui au fil du temps est devenue comme une amie pour toi, voire même une grands sœur. Son cabinet de consultation ne ressemblait en rien à tous ces cadres austères où le patient et le médecin sont séparés par un immense bureau sombre en bois massif, marquant bien la barrière à ne pas franchir. Bien au contraire, tu allais à tes rendez-vous comme on va voir une amie, et d’ailleurs, souvent elle t’offrait un thé que vous dégustiez tout en poursuivant la séance.
Il te semblait vraiment que cette thérapie te faisait du bien tellement ce médecin était chaleureux et humain, ce dont tu avais besoin par dessus tout.
Au fil du temps, elle fit allusion à une communauté dans laquelle elle vivait sans te donner trop de détails, et cela te paraissait plutôt sympathique comme style de vie.
Et puis, un jour elle t’invita à un débat, une autre fois à un repas, pour te faire connaître le lieu où tu décelas quelques détails étranges mais vite occultés par le sourire toujours si bienveillant de ta psy.

Puis arriva dans ta vie un grand moment de désarroi, d’extrême fragilité où tout pouvait t’arriver. C’est ce moment de grande fragilité qu’elle choisit pour te proposer...je devrais dire plutôt : t’inciter... à la suivre pour un stage d’une semaine au sein de son groupe, qui s’ouvrait ,semble-t-il, au monde extérieur. Elle démonta un à un tous les arguments qui t’empêchaient de t’y rendre....et comme une marionnette elle t’embarqua à plusieurs dizaines de kilomètres de chez toi, en pleine montagne, dans cet endroit fermé où vivait le reste du troupeau.

Là, tu compris très vite en observant les uns et les autres que quelque chose clochait. Certains te croisaient en te disant à peine bonjour, d’autres te souriaient sans plus. Le regard terne d’une femme affaiblie, aux yeux rouges te donna la chair de poule, et à chaque instant tu allais de découvertes en découvertes étonnantes mais surtout inquiétantes. Si tu voulais poser une question à un habitant des lieux, c’était l’omerta , et au mieux tu avais droit à quelques mots les plus vagues possibles.

Les thèmes du stage, quant à eux étaient très intéressants, mais tu te sentais toujours à l’écart du groupe et te retrouvais souvent seule quand ils partaient pour une réunion à laquelle sans qu’on t’en donne la raison, tu ne pouvais prendre part. Ta psy, qui t’avait assurée participer aux séances pour ne pas te sentir trop perdue s’était en fait éclipsée, et te dit, plus tard, qu’elle avait eu des rendez-vous de dernière minute la retenant à son cabinet en ville !

Tout te semblait de plus en plus étrange dans ce lieu loin de tout, où les gens vivaient selon des horaires stricts et des rituels qui te désorientaient. Tu en parlas à ta psy et lui dit que tu voulais interrompre ce stage pour rentrer chez toi. Elle te marmonna quelques paroles qui se voulaient avenantes et rassurantes mais tu perçus chez elle comme un indicible agacement. Elle te promit d’être là aux séances suivantes et pour elle l’histoire était classée. Tu avais commencé, ce stage et tu devais le terminer : ICI c’était comme ça. ON ne repartait pas ainsi sur un coup de tête ! Le « Maître » de stage n’aurait pas accepté !...

Tes nuits étaient de véritables cauchemars, tu avais du mal à t’endormir et lorsque tu commençais enfin à t’assoupir tu étais brusquement réveillée par une faible voix qui chuchotait inlassablement ton nom. Tu rallumais la lampe de chevet, il n’y avait bien entendu personne et le silence résonnait à nouveau dans la pièce te laissant inquiète et de plus en plus en plus désemparée car tu ne pouvais en parler à personne. Bien entendu, la psy eut un sourire quelque peu narquois quand tu lui en parlas un matin en lui renouvelant ta volonté de rentrer chez toi.

Tu étais encore plus fatiguée qu’à ton arrivée par manque de sommeil et parfois de nourriture, car si tu arrivais trop tard à l’heure du repas, pas question de trouver une quelconque nourriture. Cela ressemblait à une punition, c’est ce que tu te disais par moment. Mais pourquoi ça ? Des interrogations fusaient de toute part en toi sans que tu saches trouver la moindre réponse. Cela devenait frustrant et usant.

Heureusement, en milieu de stage, vous deviez faire des expériences avec une intervenante spécialisée dans la régression de vies intérieures. Ce domaine t’intéressait mais t’effrayait en même temps surtout en cet endroit que tu ressentais de plus en plus hostile. Mais une force que tu n’arrivais pas à comprendre te poussait à tenter l’expérience.

Tu voulais depuis très longtemps savoir si dans une vie antérieure, tu avais vécu à Pompéi. Depuis ton enfance tu faisais un rêve récurrent où tu te retrouvais dans la ville que tu connaissais parfaitement, et où tu pensais avoir été boulanger -Si, si , je ne plaisante pas !- Parfois tu te retrouvais à faire le guide dans les ruines à des visiteurs de passage. Cette ville t’avait toujours fascinée et tu voulais profiter de cette expérience pour en savoir plus.

Et l’on peut dire que tu as « été servie » !!

Cela n’a pas été simple au départ, tu es très coriace et ne te laisse pas « endormir » comme ça !.... Au fait en parlant de dormir, tu ne voudrais pas un peu te reposer et nous reprendrons plus tard ? »

« Oh non, je t’en prie, je veux tout savoir, tout comprendre. C’est déjà tellement difficile ! »

« Et tu ne voudrais pas manger un peu, tu n’as pas faim ? »

« Non merci ma bonne étoile, je me nourris de tes mots pour l’instant. S’il te plait, continue ! »

« Alors d’accord, je continue.

L’expérience a donc continué et tu as pu remonter le temps jusqu’à cette fameuse vie à Pompéi. Et d’après les récits de tes rêves, tout correspondait. Pendant la séance, tu es « revenue » plusieurs fois, complètement hagarde avec le désir irrépressible d’y retourner, comme si quelque chose t’y attendait. Tu te sentais inexorablement attirée.

A ton dernier « voyage », tu marchais dans des tas de cendres, le ciel et le paysage étaient sombres. Pas âme qui vive. Le Vésuve venait juste de commettre son crime affreux. Tu suffoquais et avais du mal à avancer. Tu trébuchas sur une pierre volcanique encore fumante et te retrouvas la face contre le sol noir de poussière.

Un objet lumineux attira ton attention à quelques centimètres devant toi. Tu te sentais proche de l’évanouissement mais l’éclat de cet objet t’hypnotisait. On aurait dit à la fois un cœur qui battait et un œil qui te fixait. Merveilleux et inquiétant à la fois, il semblait te « parler ».

Si exténuée que tu fus, tu ne pouvais défaire ton regard de sa forme et de ses traits si particuliers. Il reposait inerte comme tout ce qui t’entourait mais il paraissait à la fois en mouvement continu tellement il envoyait des rayonnements hallucinants. Tu rassemblas tout ce qu’il te restait de force pour l’atteindre mais en même temps tu te sentais lentement mourir....mais peut-on assister à sa propre mort même dans le passé ? Qui peut le savoir ? Il y a tant de questions qui resteront toujours sans réponse !

Puis : le trou noir....tu avais perdu connaissance !

L’intervenante qui menait l’expérience, très inquiète, avait vite senti que quelque chose n’allait pas et depuis un bon moment elle tentait désespérément de te faire revenir au présent. Ce fut difficile mais enfin tu repris tes esprits, un peu sonnée et complètement désorientée.

Ereintée, on t’envoya dans ta chambre pour te reposer. L’expérience était terminée pour toi. Tu étais bien trop fragile et sensible pour ce genre d’expérience.

Une fois dans ta chambre, face au lavabo, tu vis ton reflet tout gris et sale dans le miroir. « Etonnant, cela n’a pas semblé choquer les autres que je revienne avec de la cendre de 79 après J-C ! » as-tu pensé, en prenant le savon pour te débarbouiller.... « après tout, cendre de 2000 ans ou pas....je ne vais pas rester comme ça pour le restant de ma vie »

Et c’est là qu’en ouvrant ta main, tu la découvris : comment d’ailleurs ne l’avais-tu pas ressentie plus tôt enfermée dans ta main recroquevillée ? Peut-être ne voulait-elle pas être découverte par les autres et s’était-elle fondue en toi ?

« C’était quoi ? » demanda Nedjma, aussi excitée qu’une enfant réclamant la suite de son histoire.

« Une pierre que tu maintenais si fortement que l’intérieur de ta main en garda longtemps la trace.... »

« Une pierre ? » fit Nedjma d’une moue déçue.

« Oui, mais pas n’importe quelle pierre ! Souviens-toi, quand tu étais dans ta vie antérieure de cet objet si lumineux dans les décombres qu’il t’avait irrésistiblement attirée... »

« Comment ça ? J’ai pu ramener du passé cette pierre ? Mais c’est inouï ! »

« Inouï mais réel ! Et je peux te dire que malgré toutes ses multiples qualités et pouvoirs puissants dont elle te combla, elle a failli te faire perdre la vie. »

« Comment ça ? Mais quelle est donc cette pierre ? Où est-elle ? »

« Il s’agit d’une obsidienne, une roche volcanique vitreuse riche en silice. Elle possède d’étonnantes... »

Le mot obsidienne fait sursauter Nedjma comme si on la réveillait brusquement d’un sommeil profond.

« Le papier ! ….où est le papier que j’avais mis dans mon blouson ? »

« De quel papier parles-tu ? Tes vêtements sont là et il n’y a aucun blouson, Nedjma ! »

En effet, sur la chaise près du lit, des vêtements étaient posés, soigneusement pliés. Un pantalon en toile de lin beige, et un chemisier en coton clair.

« Quand je me suis réveillée dans le désert, j’étais habillée différemment, et dans une de mes poches j’ai trouvé un bout de papier qui semblait avoir été arraché d’un livre. Je n’ai pu lire que quelques mots, le reste était illisible et il y avait noté : obsidienne …retrouver ... œil céleste...secret ».

« Encore un fois, ma chère Nedjma, il n’y a pas d’autre explication que ce que je t’ai dit tout à l’heure : il n’y a aucune frontière entre le Réel et l’Imaginaire. On peut vivre continuellement dans une sorte d’illusions multiples et les choses ne sont pas forcément toujours comme on croit les vivre ou les avoir vécues »

« Pourtant ce désert, ce papier, cette fuite me paraissent tellement réels ! »

« Ton esprit te renvoie ces images qui font à la fois partie d’une réalité et d’une irréalité qui se confondent. »

« Je comprends de moins en moins ! Et comment cette pierre aurait-elle pu me faire perdre la vie ? Elle est si puissante ? »

« Puissante ! Oh ça oui, tu peux le dire ! Mais ce n’est pas elle qui voulait t’anéantir, bien au contraire, elle agissait sur toi comme un bouclier contre tout mal de l’extérieur. Le danger venait des personnes de la communauté. Quand le Chef des lieux apprit que tu avais ramené cette pierre exceptionnelle du plus loin des temps, il n’eut plus qu’une obsession : la posséder pour accroître ses pouvoirs, en bon gourou qu’il était !
Les gens de la communauté ont tout essayé pour te la dérober mais quelle que soit leur ruse, leur plan était toujours déjoué par une force mystérieuse qui les dépassait.

C’était l’Oeil Céleste, la belle obsidienne, qui leur faisait barrage !

Ta psy ne voulait toujours pas te ramener chez toi. Ici aucun téléphone portable n’avait de réseau. Et le seul téléphone fixe du salon commun était sous cadenas et bien surveillé par la personne de garde quotidienne. Tu n’avais aucun moyen de communiquer avec l’extérieur.
Tu te débattais comme une prisonnière dans une toile d’araignée, sur le qui-vive constant, mais étonnement aussi, tu te sentais protégée par cette pierre mystérieuse dont l ’œil vert vibrait toujours vers toi et semblait t’envoyer des messages d’énergie et et de paix intérieure. A son contact, tes forces mentales se décuplaient, il te semblait pousser un 3ème œil. Ta sensibilité croissait de plus en plus. Tu ressentais tout avec une acuité nouvelle qui t’étonna mais qui t’aida dans l’immédiat à anticiper les manigances du groupe.

Ce groupe que l’on peut sans risquer de se tromper appeler « secte », voulait à tout prix acquérir l’objet magique aux pouvoirs phénoménaux, dont la valeur devenait encore plus inestimable du fait de sa provenance si lointaine.
Tu te sentais de plus en plus épiée, on ne te laissait pas t’alimenter normalement. Tous les prétextes étaient bons pour te faire sauter un repas, t’épuiser par tous les moyens. Ils devaient attendre l’occasion où à bout, tu flancherais et la pierre tomberait facilement entre leurs mains. »

« Mais comment ai-je pu me sauver de cet enfer ? »

« Eh bien Nedjma ! As-tu oublié que tu as une « bonne étoile » qui est toujours là pour te guider ? ….et parfois, quand elle le peut, te donner un petit coup de pouce, faute de baguette magique ! »

Justement, un moment arriva où tous les membres de la secte s’étaient repliés dans leur salle de réunion pour leur rituel. Une seule personne était chargée de veiller sur toi en faisant mine de s’activer dans le potager.

Assise dans un fauteuil, à l’ombre d’un arbre, tu essayais de lire, tout en réfléchissant au moyen de te sauver de cette prison. Du coin de l’oeil, tu lorgnais la distance à parcourir jusqu’au portail d’entrée, qui la journée restait ouvert notamment pour les différents passages des chevaux que l’on élevait ici.
Le garde-chiourme du jour était à l’opposé, mais pas assez loin pour te sauver sans être rattrapée.
La chaleur de juillet et la fatigue aidant, tu commenças à t’assoupir un peu, la tête tombant sur ton bouquin Le garde dût penser que tu dormais profondément et en profita pour aller vers le réfectoire.

Il n’entendit pas l’arrivée de la camionnette jaune du facteur.... 
C’était TA chance !
Tu attrapas vite ton sac à dos que tu gardais toujours près de toi au cas où...et tu te dirigeas rapidement mais sans paraître te sauver vers l’auto.
Le facteur était en train de déposer le courrier dans la boîte aux lettres tout en sifflotant.
En essayant de prendre l’air le plus détendu possible, tu lui demandas s’il pouvait te descendre jusqu’au village. Il parut d’abord étonné....« Vite, vite, accepte S.T.P, pensais-tu,l ’autre allait sûrement réapparaitre ! »

Enfin il ouvrit le côté passager où tu t’engouffras en retenant ton souffle. Et au moment où l’auto démarrait enfin, le garde arrivait au potager en découvrant ton fauteuil vide. Dans le rétroviseur, tu le vis courir vers vous ….mais qu’aurait-il dit au facteur pour l’empêcher de te laisser partir ?
Aux yeux des gens, cette communauté avait une bonne réputation et ne pouvait être considérée comme une prison, et même pas comme la secte qu’elle était réellement.
Au village, on put te renseigner sur le passage des cars. Tu te blottis au fond d’un café en frémissant à l’idée que les autres te retrouvent. Heureusement, vingt minutes et quelques poussières de bonne étoiles plus tard, tu obtenais un car qui partait justement pour ta ville !

« Tu étais donc là, tout près de moi ? Sinon, je n’aurais jamais pu m’échapper de cet enfer ! »

« J’étais là oui, mais c’est ta Force , ta Volonté et ton Courage qui n’appartiennent qu’à toi qui t’ont permis de réagir au bon moment !

A présent, je te sens trop épuisée. Il faut te reposer mais avant je vais te préparer un petit repas rapide. A tout de suite, détends toi ! »

Pendant que sa bonne étoile s’affairait dans la cuisine, Nedjma réfléchit à tout ce qu’elle venait d’apprendre en se demandant où pouvait être cette pierre extraordinaire à présent. Tant de questions affluaient encore dans son esprit qui, exténué, n’arrivait plus à suivre le rythme effréné de ses pensées incessantes. Peu à peu, le sommeil la gagna... un silence apaisant chassa ses derniers questionnements....elle s’endormit profondément.

* * * * *

Un soleil doux, jouant entre les feuillages de l’olivier sous lequel elle s’était assoupie en lisant , réveilla Nedjma. Bien installée dans un transat confortable, elle observa les lieux qui l’entouraient. Sans grande peine, mais tout de même étonnée -sans toutefois en connaître la raison- elle reconnut son jardin. Il lui semblait avoir dormi une éternité et son esprit embrouillé gardait encore d’étranges images , « peut-être ai-je fait un rêve bizarre, comme souvent cela m’arrive ? » se dit-elle.

En se redressant pour se lever, elle fit tomber un livre sur le sol. Elle s’apprêtait à le ramasser quand elle tressaillit de stupeur devant le titre « L’Oeil Céleste ».
Elle l’ouvrit fébrilement : à l’intérieur, en guise de marque-page, un vieux papier froissé arraché dont ne sait où avec quelques mots lisibles parmi d’autres effacés « obsidienne...retrouver...Oeil céleste...secret »

Mais comment cela était possible ? J’ai dû rêver tout ça....parler à sa bonne étoile....être poursuivie pour un simple caillou....quelle idiote je fais ! Je suis chez moi, tout va bien. Tout est à sa place.

Elle entra dans la cuisine, prise par une soudaine et forte soif, comme si elle était en plein désert sous un soleil accablant. Une autre image troublante parcourut ses pensées à l ’évocation du désert.
Elle ouvrit le frigo pour en extraire une bouteille d’eau fraiche . Sur la grille parmi quelques yaourts trônaient une enveloppe dorée. Intriguée, elle attrappa l’enveloppe et l’eau .

L’objet semblait avoir été tissé dans les fils d’or d’une étoile filante.

Elle l’ouvrit aussi délicatement que sa curiosité impatiente lui permettait.
A l’intérieur une magnifique pierre semblait la fixer de son œil vert chargé de tant de mystères …. une petite carte l’accompagnait recouverte d’une calligraphie magnifique rayonnante comme cousue à l’or fin également où Nedjma, toute tremblante d’émotion, put lire :

« N’oublie jamais ma petite Nedjma qu’entre rêve et réalité il y a un pas que tu peux franchir à ta guise mais parfois sans le savoir. Pour ne pas te perdre il suffit de savoir écouter la voix qui parle en toi et qui te guidera toujours. 
Sache aussi que rien ne dure, regarde le monde avec l’oeil de l’impermanence : ainsi cela te permettra de ne pas prendre les situations difficiles, les moments pénibles, les problèmes de toutes sortes comme éternels. Tout passe heureusement !
Mais, à l’inverse, tout peut se transmettre aussi, je veux parler du Bon, du Bien, du Savoir, de toutes les Connaissances, de l’Amour , bref tout ce qui émane de plus beau en nous.

Prends soin de cette précieuse obsidienne, elle fait partie des deux mondes à la fois, elle représente en plus de ses pouvoirs, le lien invisible qui nous relie tous dans l’univers. »

Ta bonne étoile... Ton Autre... ?

(rêve ou réalité … à toi de choisir !)

Fin.......

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Cette nouvelle a été mise à jour le mardi 17 janvier 2017

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