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Le cadavre exquis boira le vin nouveau

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Une rose pour Pistillou

Youpala

Texte initié le lundi 28 septembre 2009

Bonjour, Je m’appelle Pistillou, j’ai eu 6 ans le mois dernier, je suis né le 20 août 2003 à minuit et une minute ! Il était moins une que je naisse le 19, je n’aurais pas aimé, je n’aime pas les chiffres impairs, déjà 2003, ça me perturbe un peu.

Ce jour-là, Maman m’a fait un super gâteau, celui avec plein de chocolat, mon préféré et six bougies bleues dessus. J’aime bien les bougies, surtout quand elles sont allumées, c’est joli. Alors je veux pas les souffler et tout le monde me dit « Allez Pistillou, vas-y, souffle », mais comme je veux toujours pas, tout le monde s’énerve parce que la cire tombe sur le gâteau. Il y avait les grands parents, ma Tata Arlette et son nouveau copain Gaston, mon Tonton Simon et sa nouvelle femme Violina et mon cousin Alfonso. C’est pas vraiment mon cousin car c’est le fils de Violina, mais c’est pareil quand même.

J’ai eu plein de cadeaux, un beau vélo rouge, un jeu de Monopoly, la dernière Nintendo, des jeux Nintendo, des livres et un énorme paquet de bonbons multicolores. J’aurais bien aimé une poupée qui rit et qui pleure avec un landau et une table pour la changer, mais je n’ai rien dit, je n’ai pas encore osé faire mon coming out, surtout le jour de mon anniversaire. Maman aurait pleuré et je n’aime pas quand Maman pleure, Papa se serait fâché et je n’aime pas quand Papa se fâche et les invités auraient été gênés, mais ça, je m’en fiche.

Mon vrai nom c’est Armand, Armand de la Poésie, mais tout le monde m’appelle Pistillou parce que j’adore les fleurs et comme les abeilles, je vais de l’une à l’autre pour les sentir.

On dit que je suis surdoué parce que je suis déjà en CE2, mais moi, je sais que je ne sais pas tout. Je sais qu’il plane un terrible secret autour de ma naissance. Papa et Maman disent que je suis né dans un chou, mais je n’y crois pas, moi, je crois que je suis né dans une rose, ma fleur préférée, surtout rose. J’adore les roses roses.

Alors, comme le premier but de ma vie est de découvrir le secret de ma naissance, cette nuit j’ai longtemps réfléchi et j’ai décidé...


d’en savoir un peu plus.

Demander à mes parents : pas question ! Ils me répondent ce qui leur passe par la tête pour que j’arrête de les embêter avec mes questions. Tata Arlette ? Je l’aime beaucoup, elle est un peu fofolle et joue à des tas de choses rigolottes avec moi mais dès que je veux savoir quelque chose de sérieux, elle éclate de rire et me dit : "Ah, ben ça Pistillou, il faut demander à maman et papa parce que moi, hein, je n’étais pas là " !

Pas là où ? Je ne comprends pas toujours ce qu’elle veut dire.

Gaston, que j’appelle déjà tonton comme tous ceux qui sont passés avant lui, veut bien jouer à cache-cache avec moi, me fabriquer des cerfs-volants dont on ne peut jamais se servir car il me dit que le mieux est de jouer avec sur la plage, manque de pot on habite à la campagne et quand on va à la mer, une fois par an, les cerfs-volants ont été bouffés par les mites dans un recoin du garage. Oui, il y a parfois des mites dans notre garage car tout le monde y colle de vieux impers et des pulls abimés pour aller dans le jardin.

Reste tonton Simon et tata Violina : ceux-là, ils me tapent sur les nerfs !
Ils arrivent ici toujours endimanchés, le dimanche bien sûr, un gateau à la main qui vient de chez le "meilleur pâtissier" de leur bled (à chaque fois on a droit à ce refrain) et Alfonso ne décolle pas des jupons de sa mère qui le couve comme une poule qui aurait mis au monde le phénix de la basse-cour.

Non, tout ça ne tient pas la route, mais j’ai bien une idée.

Il y a dans le village, une vieille femme toujours habillée de noir, ridée comme une vieille pomme et qui court la campagne avec un grand panier d’osier qu’elle remplit d’herbes et de plantes de toutes sortes. Elle ne parle à personne mais je sais que quand des gens sont malades ou se sont tordus la cheville ou d’autres trucs dans ce genre là, ils vont la voir.

Ida qu’elle s’appelle. Ils disent tous : "on va chez la mère Ida".

Alors moi, dès que je vais pouvoir profiter d’un moment de tranquillité, au moment de l’apéro par exemple, où personne ne s’occupe de moi...

 Youpala - Super suite ! Merci Djunes.  Djunes - Merci à toi, Youp, d’avoir commencé cette jolie histoire !

il faut juste que j’attende la prochaine invite des parents. Pas avant la Toussaint maintenant. Tous les ans à la Toussaint, toute la famille déboule chez nous parce que le caveau de famille est ici, dans le village, derrière l’église. C’est un vieux cimetière, je n’aime pas y aller, ça me flanque la trouille. Mes copains, ils vont souvent y faire les imbéciles, jouer à cache-cache et tout ça, et ils me traitent de mauviette parce que je ne veux pas les suivre. Alors des fois je fais un effort, mais après je fais des cauchemars toute la nuit. Quand je crie et que mes parents accourent dans la chambre, je leur dis que j’ai peur des voleurs parce que si je leur racontais que je vois des cercueils et des squelettes partout, il me ferait enfermer dans un asile. Je crois que je suis un peu fou.

N’empêche, profiter de l’apéro de la Toussaint pour aller me renseigner sur ma naissance, c’est un peu fort de café comme dirait Tonton Piaf (il adore les oiseaux, c’est pour ça), c’est celui qu’on a retrouvé en tenue d’Adam une nuit, errant au beau milieu d’un champ de maïs et chantant la Madelon à tue-tête. Depuis, il est dans une grande maison où il n’a plus le droit de sortir. Dès fois, on va lui rendre visite et là, je me marre car il raconte toujours des bêtises. Maman, je ne sais pas pourquoi, elle revient toujours en pleurant et papa se ferme comme une huître.

Un soir que j’étais déjà couché, mais ne dormait pas encore, Papa et Maman se sont disputés et Papa a dit que de toute façon, si on me découvrait un problème spychologique, ce serait forcément de son côté à elle que ça viendrait. A cette époque on me faisait des examens parce que j’avais souvent mal à la tête. Mais ils ont rien trouvé, et depuis Papa n’a plus dit ce genre de truc parce que Maman avait fait la tête et dormi sur le canapé pendant un mois !

C’est rare qu’ils se disputent, pas comme ceux de mon copain Dimitri qui se tapent dessus vingt-quatre heures sur vingt-quatre et de temps en temps Dimitri s’en prend une aussi au passage. Moi, on ne m’a jamais frappé, enfin si, mais juste sur la main ou la cuisse... même pas mal.

Bon, j’ai encore du temps devant moi pour réfléchir aux questions que je vais poser à Ida.

En attendant, je vais demander si je peux aller voir Dimitri et.

 dedel11 - Très drôle et touchant le début de l’histoire de "Une rose pour Pistillou", Youpala., La manière de raconter me fait penser au livre "les aventures du petit Nicolas" : un livre qu’on s’arrachait dans (...)

aller faire un tour de vélo avec lui. J’sais pas si maman va être d’accord : elle est bien gentille avec lui quand il vient à la maison mais elle trouve toujours de bonnes raisons pour que je n’aille pas chez lui. Je crois qu’elle n’aime pas trop ses parents mais j’sais pas vraiment pourquoi.

Le truc, c’est que je voudrais bien que nous allions faire du repérage tous les deux du côté de chez la mère Ida car je compte y aller dimanche prochain, à la sacro-sainte heure de l’apéro, et tout seul bien sûr !

Avec Dimitri, on fait plein de choses sympas, c’est vrai, des jeux de notre âge, quoi, et parfois j’aime bien ça, ça me défoule mais j’ai toujours l’impression d’être avec un "petit" bien qu’il ait un an de plus que moi. Ca doit venir de mon surdouage sans doute. Enfin, ce sont les adultes qui disent ça, pas moi, j’n’ai pas la grosse tête même si je m’intéresse à plein de choses
déjà compliquées et que je me pose beaucoup de questions. Je n’arrête de me demander d’où je viens, pourquoi je suis né dans une rose et pas dans un chou comme mes autres copains, pourquoi Tata Arlette qui est si jolie et sent si bon n’arrête pas de me ramener des nouveaux tontons et des tas d’autres interrogations sur le pourquoi du comment de plein de sujets qui me semblent bizarres.
Pour ce qui est est de l’école par contre, ça va tout seul, comme si j’avais déjà appris tout ce que la maîtresse nous fait faire au point qu’elle n’arrête pas de me dire : "Pistillou, tu as déjà fini bien sûr ? Tu peux aller dans la classe de Madame Langlois (c’est la maîtresse du CM1) si tu veux." Oui, c’est très cool dans notre école, un peu familial, quoi.

"Maman, est-ce que je peux aller jouer avec Dimitri
s’te plaît ?"

"Ah, Pistillou, attends cinq minutes, j’ai besoin...



de toi pour plier les draps".

Pfff, c’est bien ma veine, s’il y a un truc dont j’ai horreur, c’est bien ça, plier les draps... Bon allons-y, pas l’choix !

"Ok, m’man, mais après je peux prendre mon vélo et aller chez Dimitri ?"

"Si tu veux, mais juste l’aller-retour, il est déjà 17h00, ce n’est plus l’été, la nuit tombe vite. Tiens, je vais te faire un mot pour ses parents, s’ils sont d’accord tu reviendras avec Dimitri et il pourra rester tout le we s’il le souhaite".

"Chic alors ! T’es la plus chouette m’man !"

"Ne saute pas comme ça enfin ! regarde, tu nous fais tout plier de travers, allons, du calme !"

Ouf, ça y’est les draps sont pliés. C’est vrai, un peu n’importe comment. Alors là, je suis vachement content, je vais sortir mon vélo pendant que Maman écrit le mot.

Mon vélo est dans le garage. C’est là aussi que Maman entrepose ses conserves. Accessoirement, Papa y gare sa voiture ! Hier soir, Maman m’a envoyé dans le garage chercher des haricot verts -j’aime pas ça-, j’en ai profité pour cacher des trésors dans les sacoches : des jolis cailloux qui brillent comme s’ils avaient des paillettes en or et un poême pour Dimitri.

Tout le monde me demande tout le temps si j’ai une petite copine, alors pour faire plaisir je dit que Morgane est la plus jolie de l’école. Je ne mens pas et tout le monde pense que j’en suis amoureux. Mais, moi, je suis amoureux de Dimitri, mais ce que je ne comprends pas c’est qu’on ne me demande jamais si j’ai un petit copain, alors je me demande si c’est moi qui ne suis pas normal ou si c’est les autres qui ont oublié qu’on peut être amoureux de qui on veut quand on est petit... enfin je crois.

Tiens, Maman est déjà sur le pas de la porte avec l’enveloppe. Allez zou ! Je grimpe sur mon vélo supersonic, trois coups de pédales et hop, ça y’est j’ai attrapé l’enveloppe au vol.

Dans mon rétroviseur je vois Maman qui agite la main, l’air de dire "tu mériterais une fessée", mais je sais que c’est pour rire...

 dedel11 - L’orientation sexuelle d’un enfant est un sujet rarement traité. C’est une bonne chose d’en parler enfin. Avec des mots d’enfant ça donne une tout autre dimension. Bravo (...)

Ce n’est pas sur un vélo que je suis, ma parole, j’ai l’impression d’avoir des ailes ! Tout en pédalant de toutes mes forces, je ne ressens rien dans les mollets ni dans les cuisses, comme si je ne faisais aucun effort et qu’une force invisible me propulsait à toute allure.

Je vais voir Dimitri, mon cher Dimitri... Dans une poche de mon blouson, je sens l’enveloppe que maman m’a remise pour l’invitation et, dans l’autre, j’ai glissé mon poème écrit sur une feuille de papier à petits carreaux que j’ai enlevée à la fin de mon cahier de devoirs et deux petits cailloux qu’on croirait pailletés d’or que j’ai récupérés au garage. Je les lui donnerais ensemble.

Sans ralentir le rythme, les phrases me reviennent : "Dans un coin de mon coeur/Imprégné de douceur/Manque aujourd’hui/Imagineras-tu qui ? /Toi, Dimitri et ton sourire ami/Radieux et si joli/Illuminant ma vie" . Signé : "Pistillou" et, entremêlée à la signature, une rose rose que je dessine toujours en même temps.

J’aurais pu lui dire des tas d’autres choses, bien sûr, mais je voulais que chaque début de phrase soit une lettre qui compose son prénom, c’était un peu difficile et puis tout ce qui me passe par la tête n’est pas simple à dire non plus : "Dimitri, je voudrais te tenir par la main" par exemple -mais entre garçons ça ne se fait pas, à l’école il n’y a que les filles qui se donnent la main-. Ou "Dimitri, j’aimerais caresser tes joues" pareil !
"Ne pense pas à tout ça Pistillou, les deux précieux petits cailloux que tu vas lui offrir avec ton poème lui en diront bien autant. Enfin, je l’espère" .

Et tout heureux, Pistillou s’aperçoit qu’il est presque arrivé chez son ami. Le dernier tournant et ...

 dedel11 - C’est touchant :)

dérapage incontrôlé, boum patatra ! Les deux roues en l’air. Manquait plus que ça. Voilà, je me suis déchiré le bermuda tout neuf et la chaîne du vélo a sauté. Ca va, je sais la remettre, mais pour ce qui est du bermuda, la couture c’est pas mon fort.

Je vais me prendre une sacrée ramonée. En plus, Maman ne voulait pas acheter ce bermuda parce que c’est une marque et qu’il était très cher. Mais j’avais tellement fait mes yeux de cocker qu’elle avait craqué. Et ben là, c’est le bermuda qu’à craqué. Ca va chauffer dans la chaumière ce soir !

Oh, zut de zut, mes cailloux se sont fait la malle ! Ah, je les vois, ouf. Bon, la chaîne est remise, le poème est toujours là, c’est reparti mon kiki. Houlala ! Je crois que la roue est un peu faussée, je vais y aller mollo.

Tiens, ça y’est, j’aperçois Dimitri assis sur le pas de la porte. Ses parents ont encore dû lui demander de sortir pendant qu’ils se tapent dessus. Souvent, ils enferment Dimitri dehors et des fois j’attends avec lui, ses parents eux, ils vont dans la chambre, du moins c’est ce qu’on pense, vu d’où viennent les bruits et là on entend des craquements, sa mère se met à crier et son père grogne comme un ours. Ca nous flanque une de ces trouilles à chaque fois. Mais ça finit toujours bien parce que, quand ils viennent nous ouvrir, ils ont un grand sourire et même sa mère est toute rouge alors que d’habitude elle est plutôt palichonne.

« Hé ho ! Dimitri ! Coucou ! » Ca y’est, il m’a vu, il me fait des grands signes.

Allez cette fois, je fais un dérapage contrôlé et je mets la béquille.

- Salut Dimitri, t’es tout seul ? Tes parents sont à l’intérieur ?

- Non, ils sont au supermarché.

- Ils reviennent quand ? Maman veut bien que tu viennes à la maison pour le week-end, ça te dis ?

- Ouais ! Chouette ! Attends je vais appeler sur leur portable, comme ça pas besoin d’attendre leur retour. De toute façon ils seront bien contents de ne pas m’avoir entre les pattes tout le week-end. Ah, mais, c’est vrai, je peux pas rentrer, j’ai pas la clé.

- Alors viens tout de suite, tu les appelleras de chez moi et s’ils ne sont pas d’accord je dirai à Papa ou Maman de te ramener.

- OK, c’est parti. Je peux monter sur ton porte-bagages ?

- Attends, avant de partir, j’ai quelque chose à te donner.

- Un cadeau ? Super ! Mais pourquoi tu rougis ?

- C’est un cadeau un peu spécial...

- Montre vite !

- Tiens, voilà, je les ai ramassé au bord de l’eau, c’était les plus beaux et ça je l’ai écrit en pensant à toi.

Je ne pensais pas que c’était si difficile de faire un cadeau à quelqu’un qu’on aime d’amour. J’ai chaud et j’ai envie de pleurer, je dois avoir l’air idiot. Et Dimitri qui lit déjà mon poème...



Je l’observe le coeur battant. Qu’est-ce qu’il met comme temps à le lire ! Je vois ses joues rosir, mon Dieu, si cela ne lui plaisait pas ! Est-ce que j’ai bien fait de le lui donner ? Il ne dit rien... Ah, il le replie, le rentre dans sa poche de blouson et se met à observer les cailloux pailletés d’or.

"Qu’est-ce qu’il sont beaux tes cailloux Pistillou ! Où les as-tu trouvés ? "

"Oh, tu sais, pas très loin, au bord de la rivière qui passe derrière chez nous."

"Je vais le mettre dans ma boîte à bidulerie, tu sais celle que tu veux toujours qu’on ouvre ensemble pour voir mes dernières trouvailles. Merci Pistillou !"

"Merci Pistillou"... et c’est tout... même pas un petit bisou. Il n’a pas l’air très ému en tous les cas et pas un mot sur ma poésie. "Et mon poème, tu le mettras aussi dans ta boîte à bidulerie ?" "Ben voui, bien sûr, c’est une super idée d’avoir écrit mon nom avec les phrases. Je vais le plier en tout petit et je mettrai les petits cailloux dessus." "Bon, à quoi on joue ?"

A quoi on joue ? Je suis tellement retourné que je n’ai envie de jouer à rien, tiens, voilà. En fait, il n’a rien compris du tout ou il fait celui qui ne comprend pas.

"Pas très envie de jouer tout de suite, là, Dimitri. J’avais envie qu’on aille faire un tour en vélo du côté de chez la Mère Ida, ça te dit ?"

"Pourquoi du côté de chez la mère Ida Pistillou, moi, elle me fait un peu peur cette vieille-là, pas toi ?"
"C’est juste pour voir sa maison de près, on ne va pas aller chez elle Dimitri, une idée comme ça" . "Ah bon, d’accord si tu veux. Attends, je vais chercher mon vélo, j’en ai pour deux mn, pendant ce temps tu peux...



cueillir quelques fleurs dans le jardin, je les offrirai à ta mère."

- "Ok, mais grouille-toi, il faut justement passer chez moi, appeler tes parents et si on tarde, malgré tes fleurs, Maman ne voudra jamais qu’on fasse du vélo, on ne pourra pas aller vers chez Ida."

Pfff, il me fait cueillir des fleurs pour ma mère, il aurait mieux fait de me faire sortir son vélo et les cueillir lui-même. L’élégance ne l’étouffe pas. Pas étonnant avec le paternel qu’il a. On ne peut pas dire qu’il ait un bon exemple le pauvre. Il est pas très raffiné, mais je l’aime quand même, qu’est-ce qu’il est beau ! Tiens, des roses roses ! Je vais en cueillir une, une seule ça fait toujours classe.

- "Yo pistillou ! Je suis prêt, on y go ? T’as cueilli que ça ? Pourquoi t’as pas pris les espèces de trucs jaune et rouge ?"

- "Les tulipes ? Non, ça aurait fait un trou dans le parterre et puis Maman préfèrera une rose, allez en route et pédale vite".

- "Ha ha ha, pédale ! pédale toi-même !"

- "Alors là, c’est n’importe quoi, ça veut rien dire ça, d’abord c’est celui qui dit qui y’est"

- "Oh le bébé, tu sais même pas ce que ça veut dire ?!"

- "Tais-toi et avance non d’un chien !"

- "Pédale, ça veut dire que t’aimes les garçons gros cornichon !"

- "Même pas vrai. C’est pas possible que pédale ça veut dire autre chose que pédale. Et pis qu’est ce que ça peut bien faire si j’aime un garçon ? C’est la vie non ?!"

- "Les garçons ils aiment les filles, pas les garçons idiot !"

Décidément, Dimitri, il ne connaît rien en amour pourtant, il a deux ans de plus que moi. Ca les gros mots, il sait, mais pour ce qui est du romantisme c’est zéro de chez zéro.

- "OK, nous voilà arrivés, si tu restes dormir je t’expliquerai comment j’aime."

- "Comment ça comment t’aimes ?"

- "Plus tard, allez entre avec ta rose ! Hé, M’man, est-ce que Dimitri peut appeler ses parents sur leur portable ? ils n’étaient pas là quand on est parti"

...



"Ah, bonjour Dimitri, tu vas bien bonhomme ?"
"Pistillou, mon chéri, vous n’avez pas dû traîner en route, tu es tout essouflé !"
"Oh, pour moi cette jolie rose ? Comme c’est mignon vraiment, merci, merci beaucoup !"
"Tu disais Pistillou ? Ah, oui, bien sûr, appelle tes parents Dimitri, pendant ce temps je vous prépare un petit goûter."
"Ah, mais maman, nous n’avons pas le temps car on veut faire encore un petit tour de vélo avant la nuit, s’il te plaît...."
"Comme tu veux Pistillou mais soyez là pour 18 heures tapantes et puis, vous mangerez mieux ce soir !".

Le coup de téléphone passé, voici nos deux amis repartis sans demander leur reste en direction de chez la mère Ida. Et comme ils n’étaient plus qu’à deux cents mètres environ de chez elle, ils la virent brusquement sortir d’un bosquet d’arbres qui bordait un champ, tout de noir vêtue comme à l’accoutumé, un fichu en mousseline de même couleur noué sous son cou. Elle portait son panier en osier qui semblait bien rempli et elle leur jeta un regard perçant tout en recouvrant d’un papier journal ce qu’il contenait.

Dimitri n’en menait pas large et dit à Pistillou : "Oh, toi et tes idées bizarres, elle me fait peur je t’ai dit la mère Ida, on dirait une vraie sorcière. On fait demi-tour !"

Et ce disant, il rebroussa chemin pendant que Pistillou, qui s’apprêtait à le suivre, regarda droit dans les yeux la Mère Ida en lui lançant un joyeux "Bonjour madame !" qui sembla l’étonner. Elle était tellement habituée à ce que les gens qui venaient pourtant la voir chez elle l’évitent à l’extérieur que le salut de cet adorable bambin l’avait prise de court. Elle n’eut pas le temps de réagir que déjà Pistillou avait emboîté la roue du vélo de son cher Dimitri qui pédalait comme un forcené.
....



Mère Ida retourna à son énorme chaudron de fonte noire. Chose rare, un sourire éclairait son visage. Ce Pistillou, elle l’avait déjà aperçu, de loin. Il lui avait toujours semblé un peu à part, pas comme les autres petits de son âge. Son expression avait un mélange de candeur, de pureté et paradoxalement de grande maturité. Ce soir, il l’avait approchée, l’avait saluée, vraiment ce petit bonhomme n’avait peur de rien, ou bien savait-il qu’il ne risquait rien avec cette vieille sorcière de Ida comme tout le monde l’appelait. Peut-être savait-il, au premier coup d’oeil, juger une personne. Cela ne l’étonnerait pas.

Elle se mit à touiller sa mixture à l’aide d’une grande cuillère de bois. Sa mixture ? C’est comme ça qu’elle appelait sa bonne soupe de légumes, elle y mettait tous les légumes et herbes aromatiques qu’elle trouvait dans son jardin. Pas d’oeil de crapauds, pas de langue de chauve-souris... elle pouffa à cette évocation. Dieu que les gens étaient crédules et stupides, mais elle les aimait malgré tout et ne cherchait qu’à leur faire du bien.

Elle était perdu dans ses pensées, lorsque...



sa soeur, Mme Cléossodra, apparut dans le cadre de la porte. Sa venue inattendue et son air souffrant surprirent Ida. Le visage de Cléo était tout rouge et elle respirait en haletant.
Ida se précipita près d’elle.
- Cléo ! ça va ? chérie, es-tu malade ?
Cléossodra inspira difficilement avant de répondre d’une voix étranglée :
- à boire... vite... vite...
Ida porta sa soeur dans un lit et lui apporta un verre. Cléo but goulûment. Elle reprit une respiration normale mais son visage demeura rouge. Elle observa longuement Ida dans les yeux puis éclata en sanglots.
- Cléo, dis-moi ce qui ne va pas, pria Ida en serrant sa soeur dans ses bras.
- Chérie... o, c’est si dur... comme je regrette ! répondit la malheureuse entre ses sanglots. Ida, j’ai un cancer.
La nouvelle foudroya Ida.
- Un... un cancer ?
- Oui ! Je trimballe ça depuis cinq ans. Je te l’ai caché pendant toute ces années, pour ne pas te faire de peine. Mais hier, j’ai eu une crise. Le docteur m’a diagnostiquée et m’a dit que je pourrais mourir à tout heure. Alors
...
Elle retint ses sanglots et regarda sa soeur bien face.
- IDa, te rappeles-tu tom mari Roger. Vous vous étiez mariés en 1943. Il est mort deux mois après le mariage durant la guerre.
- Je me rappelle, oui.
- Tu étais enceinte de lui. C’est moi qui t’ai accouchée. Les couches furent si difficiles que tu es restée dans le coma pendant un mois. Je t’ai dit à ton réveil que le bébé était mort et enterré. Mais écoute-moi. Le bébé n’était pas mort. Je l’ai mis au seuil de la porte de la maison de la vieille Mme Boche. Ne t’es-tu jamais demandée comment cette vieille veuve avait pu avoir un enfant si brusquement ? Son petit Tom, c’était ton fils !
Cléo fouillait le regard de sa soeur dans l’anticipation de sa réaction.
Ida n’en pouvait croire ses oreilles ! Son enfant, qu’elle avait tant chéri, dont le deuil l’avait meurtrie de chagrin pendant dix ans, qu’elle regrettait encore et auquel elle pensait en pleurant, était vivant ! Quelle joie, quelle extase, et en même temps quelle furie contre Cléo ! Ida se moquait bien que Cléo lui avouât maintenant la vérité. Tout ce qu’elle savait, c’était que Cléo l’avait privée de son enfant.Elle la secoua par le col.
- Pourquoi as-tu jeté mon fils !
- Je regrette tant, chérie ! Je voyais que tu avais un très maigre salaire. Pourtant tu étais bien déterminée à garder l’enfant. Je pensais faire le mieux et pour toi et pour lui en le confiant à la riche Mme Boche.
- Traîtresse ! Hypocrite ! Et dire que je te faisais confiance, que je t’aimais comme moi-même ! Et Mme Boche qui a déménagé ! Qui sait si mon enfant est encor vivant à cette heure ! Je vais les rechercher. Si j’apprends qu’il est mort, tu es bonne pour la prison !
Elle gifla Cléo. Dans la crainte de ne pouvoir se maîtriser davantage, elle s’enfuit vers la pièce voisine et laissa libre cours à son chagrin.



Après avoir longuement pleuré, Ida cogita sur les derniers évènements qui l’avait tant touché.

Ce petit garçon, si joyeux et sympathique à son égard l’intriguait tellement qu’elle se promit d’en savoir d’avantage sur le petit Pistillou la prochaine fois qu’il viendra. Elle avait la certitude que cet enfant allait surement revenir seul, et qu’il lui apporterai beaucoup émotionnellement. Peut-être qu’il l’aidera à faire le deuil de la perte de l’enfant qu’elle aurait pu élever, Tom. Elle relativisa sa tragique histoire et se rassura en consultant sa boule de cristal, afin d’anticiper le futur.

Un petit rituel était nécessaire à la concentration d’Ida. Elle fit brûler de l’encens, alluma une bougie blanche car pas question pour elle de pratiquer de la magie noire, et prit une longue inspiration, puis une expiration afin de faire le vide en elle. La boule de cristal, positionner sur la table recouverte d’un tissu de soie de teinte bleu comme la couleur de la sérénité, elle posa ses yeux sur sa boule de cristal et y plongea à l’intérieur. Au départ, l’image semblait floue, puis elle devint de plus en plus précise. Ida perçoit, alors,

 dedel11 - Je me suis permis de continuer le livre et d’en revenir sur le sujet principal "Pistillou" :)

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