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Le cadavre exquis boira le vin nouveau

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l’appel du vide

adelinezahnd

mercredi 17 novembre 2010

Tu crois pouvoir me dire ce que je suis au fond ?
Tu crois pouvoir savoir d’où je viens ? Où je vais ?
Ta langue est pleine d’outrages à l’égard de mon être, et mon incertitude me défend de t’entendre.

Je reste, là, quoiqu’il arrive, comme une moule sur un banc. Mais comme tu le fais de moi, tu le fais de tout autres. Pour toi une moule c’est bête, ça ne pense pas sa vie. C’est comme un arbre, ben tiens ! Ca reste là avachi...

J’attends. Et dans l’oubli, je compte les étoiles. j’écoute le vent qui passe et me parle d’un ailleurs. J’attends, fermant les yeux, que le tourbillon cesse. Que passe enfin les heures où je cours sans arrêt, sans but et sans richesse.

Je suis là, en tailleur, dans mon costume de laine et on est en été, et tu penses à tes heures. Je suis dans le néant, déjà happée de vide. Encore un peu présente, mais déjà bien partie. J’attends sur le trottoir où tu passes en vitesse. C’est ici ma maison, mon chez-moi sans limites. J’ai un 50 000 m², sans porte et sans fenêtres, et je t’attends ici, accroupie et sans vie.

"Je ne te dirai qu’une chose, grosse moule ! La vengeance est un plat qui se mange froid."
Le mien sera délectable, et toi qui voulais l’amour tu seras seule jusqu’à tes vieux jours, toi qui voulais un enfant, tu seras vide jusqu’à la fin des temps. Toi qui voulais voir les étoiles, tu ne verras que les néons qui rogneront ta cornée jusqu’à ce que tu en deviennes aveugle. Car tu l’as choisi et Tel est mon désir. Tu peux bien quémander ton pain dans le froid et te dire que si tes mains gèles tu recevras le paradis... J’en pense ce que j’en ai toujours pensé. Et lui que tu aimes par dessus tout et que pourtant tu trompes si souvent, recevra par ta faute un sort qu’il ne mérite pas. Ton coeur sera pire qu’une fausse commune dans les tranchées de guerre. Sens-tu déjà couler le flot de boue ?

D’où viens ta haine ? Pourquoi est-elle née ? Qui es-tu, qui suis-je pour toi, si ce n’est une totale étrangère ?

Je suis ce que tu crains, je suis ce que tu ne veux pas voir. Je suis tapi dans tes cauchemars. L’être noir qui te fais trembler quand tu rêves d’un ailleurs. L’être de lumière qui t’aveugle lorsque tu regardes devant toi. Le voile de Maya qui te cache le monde. Je suis de tout cela et je suis tous les êtres. Je suis cette partie de l’humain que tu crains, cette âme de violence et cette goutte de haine. Je suis au fond l’acier et la force de l’homme. Ce qui le pousse à avancer plus loin toujours plus haut. Et toi tu es le principe inverse. En cela je te hais. Tu seras écrasée. Je le veux, je l’aurai.

Je suis une clown burlesque. Une feuille froissée sous ton pied. Rien, ou presque. Et pourtant je reste un être. C’est si facile à dédaigner, un être. Une chose a un prix fixé, une valeur donnée, acquise par l"utilité ou la rareté, un être n’a rien de tout cela d’emblée si l’on pense comme tu le fais. Pour moi, un être c’est tout. Un arbre, une moule, un clodo... Tout ça se mesure à l’aune des êtres. Certains que je tue que je mange, et que j’utilise mais que je respecte pourtant. Me respectes-tu ?

Non. Tu ne mérites pas le respect.

C’est pourtant la base requise par un être...

Tu es déchue à mes yeux de tes droits en la matière.

Qu’ai-je fait ?

Je te hais.

Pourquoi ?

Tu as détruit en moi l’espoir que je portais en toi. Tu m’as déçu.

Mon chemin est complexe.

Tu l’as dit toi-même ! Tu n’as plus de chemin et tu es au point mort !

Non.

Arrête de parler. Laisse-toi ferrer.

Non.

Je ne te demanderai pas ton avis. Tais-toi.

Ma voix est ma seule liberté. Mon âme rêve et mon être chante. Où que tu choisisses de me placer, une moule, un arbre, ça boue de l’intérieur. C’est ce que je tente de te faire comprendre...

Je me fous totalement de ton chant. Tu mérites d’être enterrée vive. Arrête d’entrer dans mes pensées !

Il passe à côté de la mouche et l’écrase du plat de sa semelle.

øø

"vous avez reçu un email".
J’hésite... Ça va encore être de la pub pour "enlarge" une partie anatomique dont je suis dépourvue.
Non, c’est une pub pour des voyages "low cost". Je jette un oeil, malgré la désertification graduelle et sans appel de mon compte en banque ; et je craque pour un voyage en Malaisie, vraiment attractif.
Tous pleins de détails et de complications de résa’ à la clef, mais enfin, je deviens l’heureuse détentrice d’un billet aller-retour pour le paradis.
Pourquoi revenir du paradis ? La question s’insinue visqueuse comme une vieille limace.
Le téléphone sonne.
Et là je me rappelle pourquoi je veux partir. Pourquoi ce n’est plus vivable ici.
Ça raccroche. Pour la 5ème fois de la journée et sans doute la 30ème du mois. Et m’envahissent les souvenirs de textos sans queue ni tête envoyés par des débiles sans doute tout autant dépourvus, les cris dans la nuit, les groupes ricanants, et les chuchotements de mépris.

Je m’allonge et je regarde le ciel.
Il ne peut y avoir que lui pour me ressourcer à cette heure. Lui et la terre. J’enfonce mes doigts dans l’herbe et mes ongles dans l’humus. Je ferme les yeux.

s’infiltrent en moi des minuscules vibrations de plaisir. Comme un doux frisson, et le vent sur ma peau.

Puis l’espace est envahi de nouveau. Le monde me blesse.
les voix surtout. Je n’arrive plus. Je suis lacérée de l’intérieur comme des milliers de petites écorchures de brisures de verre. Je fuis par tous les pores.

Tu as gagné.
Et pourtant... Etait-ce ce que tu recherchais ?
Je me le demande encore.

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Cette nouvelle a été mise à jour le jeudi 10 octobre 2013

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